Prédication du dimanche 16 mars 2008 par le pasteur Pierre-André Schaechtelin
Texte : Matthieu 20,29 à 21,11
Vous savez que toute grande histoire qu’on raconte, on la parsème, ou on l’agrémente de petites histoires. C’est le cas d’une odyssée, de l’histoire d’un règne, et ce matin c’est le cas de l’entrée dite triomphale de Jésus à Jérusalem, la fameuse histoire des Rameaux.

C’est ça la grande histoire ce matin : Jésus arrive dans la ville religieuse, la foule est en effervescence, on ôte ses vêtements, on coupe des branches pour les mettre sur le chemin de Jésus, on acclame Jésus comme un libérateur triomphal.

Or Matthieu prend soin de parsemer trois petites histoires au milieu de tout ça. Et ça n’est pas simplement pour alléger la grande histoire, car les petites histoires racontées en marge des grandes éclairent bien souvent ces dernières. Et c’est ce qui arrive ici.

La première petite histoire introduit même la grande  : c’est l’histoire des deux aveugles. Quand Jésus passe, déjà ils crient « fils de David » comme va le faire la foule, mais de leur part ce n’est pas un cri de triomphe, c’est un appel au secours. Le fils de David, pour eux, c’est bien le Roi, puisqu’il descend de David, mais un Roi ému quand on crie vers lui. Un messie qui s’arrête et prend du temps pour eux, alors que la foule essaie de les faire taire. Jésus passe, et la foule crie « victoire », alors que les aveugles crient « à l’aide ». Jésus est ému de cet appel et il y répond. Il y a ici un message pour nous  : en guérissant leurs yeux, Jésus montre qu’en criant vers lui, déjà ces hommes avaient retrouvé la vue avec les yeux du cœur. Ce que nous devons voir ici, c’est que le sauveur ne cherche pas d’abord à se faire acclamer par des gens qui sont debout et qui pensent ne jamais tomber, mais il cherche remettre en route avec lui des gens comme nous qui se sentent arrêtés par la faiblesse, ou en prise avec un obstacle sur le chemin de la foi.

La deuxième petite histoire, c’est celle de l’âne que Jésus envoie chercher et sur lequel il s’assied. Or l’âne n’était pas une monture méprisable, c’était d’abord le signe de la modestie. L’âne a été chevauché par un père de la confiance comme Abraham et par prophète malmené comme Elie. « ton roi vient à toi annonce la prophète, il est humble et doux, monté sur une ânesse et même sur un ânon ». Ici encore le message est clair pour nous : Jésus incarne bien la royauté, la seigneurie, on peut même dire la dimension victorieuse du salut, mais il le fait dans la douceur et l’humilité, ce qui en fait pour nous un Seigneur accessible, humain, proche de ce qui nous est proche.

La dernière petite histoire qui éclaire ici la grande, c’est celle qui est donnée en conclusion et qui est marquée par un brin d’humour dans la culture juive : Lorsque Jésus entre à Jérusalem, on nous rappelle qu’il est issu d’une autre ville, Nazareth en Galilée. Or vous le savez, aux yeux des autorités de Jérusalem, il ne pouvait rien sortir de bon de Nazareth en Galilée, cette ville étant considérée comme trop proche des territoires païens. Mais c’est bien de cette ville située au seuil du monde païen que Jésus vient. C’est ici le signe ici que le secours apporté par Jésus a une portée universelle. Nous sommes tous des habitants d’une ville adoptée par Dieu.

En ce jour d’AG, je vous invite à recevoir ces trois petites histoires parsemée dans la grande comme une invitation à ordonner nos priorités. Je nous appelle à nous identifier :
1. Aux aveugles : Ils appellent à l’aide car ils ressentent leur manque.
2. Aux ânes… eh oui, ils ne sont pas bêtes mais modestes et deviennent serviteurs de Jésus
3. Aux gens de Nazareth : Ce ne sont pas des nobles, mais c’est à partir d’eux que Jésus s’est fait connaître.
Décidément, ces petites histoires sont autant de bonnes nouvelles pour l’histoire de notre paroisse !