Prédication du dimanche 6 avril 2008 par Jean Liets
Texte : Luc 24, 13-35, Psaume 16
Le témoignage
Si nous sommes ensemble ici, ce matin, c'est parce que, il y a bien longtemps, en Palestine, des gens ordinaires ont vu et entendu l'homme qui s'appelait Jésus de Nazareth, et ont témoigné de ce qu'ils avaient vu et entendu. Et qu'ensuite d'autres, qui n'avaient ni vu ni entendu, ont cru au témoignage des premiers. Et en ont été tellement bouleversés, et y ont cru si fort, qu'ils n'ont pu s'empêcher de témoigner à leur tour.

Les livres de la bible ne sont pas seulement découpés en chapitres et en versets, ils sont également, dans la plupart des éditions, scindés en séquences plus ou moins longues regroupant plusieurs versets, et pourvues d'un sous-titre qui les distingue et les sépare les unes des autres. Chacune de ces séquences constitue une partie de texte homogène consacrée, soit au récit d'un événement, soit à une parabole, une prophétie, un discours, un enseignement, un miracle, etc.
Le texte que nous venons de lire est une de ces séquences. Dans la bible que j'ai utilisée elle s'intitule "Sur le chemin d'Emmaüs".
Mais on constate que, d'une bible à l'autre, un même texte n'est pas titré de la même façon. Ainsi le nôtre se voit également sous-titré "les disciples d'Emmaüs", ou bien "l'apparition aux -disciples d'Emmaüs", ou encore "Jésus en personne". Tous ces titres sont pertinents: ils rendent bien compte, plus ou moins explicitement, du contenu de la séquence. Mais on constate en même temps que leur fonction est surtout formelle : il s'agit de faciliter au lecteur qui feuillette sa bible la recherche du passage qu'il veut retrouver ; et ceci est indéniablement utile.
Mais on peut imaginer, voire souhaiter, que le sous-titre ait une autre fonction : celle d'avertir le lecteur sur le sens du texte ; sur le thème qu'il traite ; sur le message qu'il est sensé délivrer. C'est plus difficile mais c'est amusant et enrichissant, car l'exercice oblige à s'interroger et à réfléchir sur ce qu'on vient de lire.
Je me suis donc demandé quel autre sous-titre, ou quel complément au sous-titre existant, pourrait donner à ce texte célèbre une idée plus juste de son intérêt et de son importance. Je ne sais pas si le résultat est bon, vous en jugerez par vous-mêmes; ce que je peux dire c'est que, grâce à cela, j'ai découvert un aspect de son message qui ne m'avait pas frappé jusqu'à maintenant.
Voici donc le nouveau sous-titre que je propose: "Sur le chemin d'Emmaüs : une leçon de témoignage".
On pouvait évidemment aborder ce récit par d'autres thèmes : la résurrection, la foi, le repas du Seigneur, les Écritures. Le thème du Témoignage, lui, y est présent de bout en bout, mais sous des formes si diverses qu'il passe presque inaperçu.
Découvrons ces témoignages dans l'ordre où Luc a choisi de nous les présenter. Il n'y en a pas moins de sept.

Le premier évoqué est celui des femmes: témoignage humain, fragile, et bien entendu sujet à caution ! Luc nous le rapporte en ces termes: « Il est vrai que quelques femmes de notre groupe nous ont bouleversés (d'autres versions disent "stupéfiés") : elles se sont rendues de bon matin au tombeau et, n'ayant pas trouvé le corps du Seigneur, elles sont venues dire qu'elles avaient même vu apparaître des anges qui leur ont dit : "il est vivant" ! ». Cette scène rapportée par les deux disciples, Luc l'a décrite au début de son chapitre 24, juste, avant notre texte. C'est le récit de la toute première manifestation de la résurrection, et ce sont des femmes qui en ont été les témoins. Raison de plus pour s'en méfier. D'ailleurs Luc conclut : « ... elles le dirent aux apôtres ; mais ces paroles leur semblèrent des radotages (d'autres versions disent "niaiseries" ou "absurdités" ou propos "délirants") et ils ne les crurent pas. » Le verbe "dire" est même parfois remplacé par le verbe "raconter". Certes "raconter" peut être synonyme de "dire" ; mais c'est aussi le verbe qui a donné naissance à ... "racontar"!
Selon Marc, les femmes qui étaient venues au tombeau tôt le dimanche matin, en ressortirent aussitôt après l'apparition et les paroles de l'ange, s'enfuirent au loin toutes tremblantes de frayeur, et ne dirent rien à personne tellement elles avaient peur (Mc 16/8). Et, toujours selon Marc, Marie de Magdala qui, elle, a vu le Seigneur ressuscité en personne, n'a pas été crue davantage par les disciples (Mc 16/11).
On sait que, d'un évangile à l'autre, les témoignages de la résurrection ne sont pas parfaitement concordants. Parmi leurs points communs il y a cependant le fait que le premier signe de la résurrection a été donné à des femmes, et que ce signe fût un tombeau vide. Pâques, c'est surtout la constatation d'un tombeau vide; et c'est un signe donné à la foi, car aucun témoin n'a vu Jésus sortir de la tombe.
Si ce signe a d'abord été donné à des femmes; et si, par la voix des anges, l'Evangile de la résurrection leur a été annoncé en premier, n'est­ce pas en raison de l'amour et de la fidélité qu'elles ont manifestés pour Jésus au-delà de sa mort? Elles étaient, elles, au pied de la croix; elles ne l'ont pas abandonné; et elles étaient les premières au tombeau, dès qu'elles en avaient eu la possibilité, le sabbat étant passé. Elles ont maintenu jusqu'au bout le lien d'amour, au-delà de la mort.

Un autre point commun aux quatre évangiles est que les femmes ont vu des anges, soit un, soit deux; pour Luc c'est deux, « deux hommes en vêtements éblouissants, » dit exactement le récit de l'apparition, qui leur disent: « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? » (Lc 24/5). C'est le deuxième témoignage dans ce récit: celui de créatures célestes.
Envoyés et porte-parole de Dieu tout au long de l'histoire du Salut, les anges ont, aux moments les plus forts de cette histoire, témoigné de la présence de Dieu, de sa fidélité et de sa sollicitude à l'égard des hommes et du peuple qu'il s'est choisis. Depuis le jour où, sous les chênes de Mamré, l'un d'entre eux annonce à Abraham qu'il aura un fils, jusqu'à ce matin de Pâques où, au tombeau vide, ils annoncent aux femmes « Il est vivant », en passant par le sacrifice d'Isaac, le combat avec Jacob, la protection d'Elie, de Daniel, ou l'annonce à Marie ... ils sont toujours là pour témoigner de la présence de Dieu, de sa fidélité, de la puissance de sa Parole; ils sont les témoins de la vérité, de la vie, du bien, de l'éternité; contre les ténèbres, le mal, la mort, et le néant.
Le troisième témoignage est celui des Écritures. Alors que nos deux disciples pensent avoir rencontré un sympathique compagnon de marche, qu'ils mettent aimablement au courant des récents événement de Jérusalem, et auquel ils confient spontanément l'objet de leur peine et de leurs ressentiments, celui-ci se met à les apostropher: « Gens sans intelligence, (d'autres traductions disent: "que vous êtes stupides" ou encore: "vous ne comprenez rien") que vous êtes lents à croire tout ce qu'ont annoncé les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Messie souffre ainsi avant d'entrer dans sa gloire ? » Puis, faisant appel au témoignage des Écritures, « Il leur expliqua ce qui était dit à son sujet dans l'ensemble des Écritures, en commençant par les livres de Moïse et en continuant par tous les livres des Prophètes.»
On remarque le soin et la précision avec lesquels Luc introduit cette séquence: Jésus va faire pour ses compagnons une recension exhaustive de tout ce qui le concerne, de tout ce qui est dit à son sujet, dans toutes les Écritures, en commençant par les livres de Moïse, c'est à dire les livres de la Loi: l'Exode, le Lévitique, les Nombres, et le Deutéronome ; et en continuant par tous les livres des Prophètes, dont je vous épargnerai l'énumération... sans oublier les autres entre les deux, et notamment les Psaumes, que Jésus n'omettra pas de citer un peu plus loin, au v.44 : « Quand j'étais encore avec vous, voici ce que je vous ai déclaré :ce qui est écrit à mon sujet dans la Loi de Moïse, dans les livres des Prophètes et dans les Psaumes, tout cela devait se réaliser. » Ainsi, c'est l'ensemble des Écritures de la Bible des juifs, l'Àncien Testament, qui témoigne de la divinité et de la messianité de Jésus, et de sa mission; et qui montre que ce qui, a priori, se présente comme un échec désastreux, s'avère être au contraire le moyen radical d'accéder au salut.
Quelle bibliothèque ! Remarquons au passage l'impressionnante érudition de Jésus. Quel catalogue de références et de citations bibliques ! En a-t-il vraiment fait l'inventaire complet aux deux disciples? C'est en tout cas ce que Luc laisse entendre. Il précise qu'entre Jérusalem et Emmaüs il y avait environ 60 stades, ce qui équivaut à 10 kilomètres, et donc à environ deux heures de marche. En deux heures, on peut en dire des choses, et même en une seule; car le texte ne précise pas à quel moment du parcours Jésus à rejoint les deux disciples. On peut imaginer que c'était peu de temps après la sortie de Jérusalem, car l'intention de Jésus n'était pas d'impressionner les disciples par une prouesse de mémoire consistant à dérouler un catalogue de citations bibliques. Son but était essentiellement de les leur expliquer, ou, selon d'autres traductions, de les leur interpréter.
Jésus va donc leur montrer, à l'aide des textes, comment sa mort et sa résurrection entrent dans le plan de Dieu pour le salut. J'ai appris que la façon dont Jésus s'y prend relève d'une technique exégétique juive dite du "collier"; intéressant! Cette technique consiste à rapprocher des versets, les perles, empruntés à la Loi, aux Prophètes et aux Psaumes, afin de mettre en évidence leur correspondance, leur corrélation, leur filiation et, par là, l'unité et la cohérence des textes bibliques. Dans le cas qui nous intéresse, le fil du collier qui relie les perles c'est :"tout ce qui est dit" de Jésus, le Christ, dans les Écritures. Ainsi, d'un bout à l'autre, les Écritures rendent témoignage à celui qui en est le but et le centre.
Mais encore faut-il les comprendre, en discerner le sens, en saisir les enseignements. Le témoignage des Écritures s'avère alors être la source de la révélation: Il fallait que tout cela arrive, dira Jésus à diverses reprises, pour que les Écritures s'accomplissent. Mais c'est un témoignage pour une vérité qui appelle explication, commentaires, prédication. Aussi Jésus va-t-il donner aux deux disciples une vraie leçon d'herméneutique ; oui, c'est comme cela qu'en terme savant on désigne l'interprétation des textes.
Luc souligne ici un aspect de la foi trop souvent négligé, et souvent objet de controverse: l'intelligence! Revenons sur la manière dont il qualifie les disciples avant les explications de Jésus: selon les différentes traductions ils sont: soit "sans intelligence", soit "stupides", soit "insensés", soit des gens "qui ne comprennent rien" ! Aussi Luc nous rappelle-t-il plus loin que Jésus, entouré cette fois de l'ensemble de ses disciples: « ... leur ouvrit l'intelligence pour qu'ils comprennent les Écritures ... ». (Lc 24/45).
Si je comprends bien, il n'y aurait pas contradiction, ni opposition, entre foi et raison. Il n'y aurait pas conflit entre le côté émotionnel et passionnel de la foi, et la raison et le discernement qu'appellent les Écritures, et que les épîtres, elles, nous imposent quasiment; vaste sujet ! à l'écart duquel je me tiendrai prudemment. J'observe simplement, à partir de notre texte, que le témoignage de la Parole de Dieu fait appel à l'intelligence de l'homme, la suscite, en vue d'une foi adulte et réfléchie. N'oublions pas que le témoignage des Écritures a précédé celui des apôtres, que la foi des apôtres en a d'abord été nourrie, et qu'il a fallu que Jésus "ouvre leur intelligence" pour que les Écritures puissent "féconder" leur esprit, et engendrer leur foi. N'en est-il pas de même pour nous aujourd'hui? Aux différences près que pour nous, avec le Nouveau Testament, les Écritures se sont considérablement enrichies, en nombre et en sens, et que c'est l'Esprit Saint qui ouvre notre intelligence, comme Jésus l'avait promis : « Celui qui doit vous venir en aide viendra : c'est l'Esprit de vérité qui vient du Père... il me rendra témoignage. Et vous aussi, vous me rendrez témoignage... J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous n'êtes pas à même d'en comprendre maintenant la portée. Quand viendra l'Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité. »(Jn 15/26-27 ; 16/12-13).

Le témoignage suivant est celui... de Jésus lui-même, qui témoigne, par la fraction du pain, de sa résurrection: « Alors leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent... » II y aurait évidemment beaucoup à méditer sur le fait que les disciples, qui n'ont pas reconnu cet homme qui a cheminé avec eux pendant des kilomètres, le reconnaissent tout à coup lorsqu'il rompt le pain, pour disparaître aussitôt. Cette reconnaissance subite des disciples à l'instant où Jésus rompt le pain, alors que ces deux-là ne font justement pas partie du groupe des douze, et qu'ils n'ont donc pas participé au repas de la Pâque avec eux, au cours duquel Jésus a fait ce geste; et la disparition soudaine de Jésus à ce moment précis... tout cela est bien troublant, et recèle, à n'en pas douter, une intention bien précise de la part de Luc. A réserver pour une méditation ultérieure !
Toujours est-il qu'à partir de ce moment c'est l'épisode de la rencontre avec Jésus dans sa totalité qui devient, rétroactivement, témoignage: sa présence aux côtés des disciples, son cheminement avec eux, son enseignement, témoignent à leur tour: « N'y avait-il pas comme un feu qui brûlait au-dedans de nous quand il nous parlait en chemin et nous expliquait les Écritures ? » Témoignage d'un Jésus vivant, présent,- agissant; témoignage tellement probant et percutant que les deux disciples décident de retourner sur le champ à Jérusalem. Dix kilomètres à parcourir en sens inverse et deux nouvelles heures de route, dont probablement une bonne partie de nuit...

Vient ensuite le témoignage des disciples eux-mêmes. Si l'on suit bien le texte, celui des disciples restés à Jérusalem précède celui des disciples d'Emmaüs. Nous imaginons sans peine nos deux randonneurs, transpirants, fourbus, après 4 heures de marche, à peine interrompues par une halte au cours de laquelle ils n'ont même pas pris le temps de se restaurer. Peut-être même que le retour à Jérusalem, probablement à marche forcée, ne leur a pris qu'une heure ou une heure et demie. A l'arrivée, à bout de souffle, ils n'ont même pas le temps de raconter leur extraordinaire aventure. Les autres les devancent par cette exclamation: « Le Seigneur est vraiment ressuscité! Simon l'a vu ! » Alors, dit Luc, les deux disciples « leur racontèrent ce qui s'était passé en chemin et comment ils avaient reconnu Jésus au moment où il rompait le pain ». A cet instant Jésus vient à nouveau témoigner de sa résurrection, cette fois devant les disciples réunis : « La paix soit avec vous ... Pourquoi êtes­vous troublés? Pourquoi avez-vous ces doutes dans vos cœurs ? Regardez mes mains et mes pieds: c'est bien moi ! Touchez-moi et voyez, car un fantôme n'a ni chair ni os contrairement à moi, comme vous pouvez le constater » (Lc 26/36-39). Scène hallucinante, mais non­ hallucination: Jésus est bien là, en chair et en os, comme les disciples peuvent le constater... mais nous, nous n'y étions pas, et nous sommes déjà sortis de notre Texte...

Au fait, où en sommes-nous dans le décompte des témoignages? J'en avais annoncé sept, en comptant il est vrai pour deux témoignages celui des disciples sur le chemin d'Emmaüs et celui des disciples de Jérusalem. Alors? ... Alors le compte n'y est pas, il en manque un. Alors que nous sommes parvenus au terme de notre texte. Quel est donc le témoignage manquant...? Non pas "manquant" d'ailleurs, mais que nous ne discernons pas.. .
A vrai dire, peu importe le nombre des témoignages. Le témoignage vaut moins par le nombre que par sa crédibilité, son authenticité. Pour autant, pas question de négliger notre septième témoignage, il est trop important, trop "crucial".
Le dernier témoignage, donc, qui ressort de notre texte, et que le texte ne mentionne pas... c'est tout simplement celui de son auteur, le témoignage de Luc lui-même. Luc, le "médecin bien-aimé", compagnon de Paul, écrivain et historien talentueux, mais surtout évangéliste, qui nous rapporte ces évènements en deux tomes: l'Evangile et les Actes des Apôtres, parce qu'il y a cru, bien que ne les ayant pas vécus.
Le témoignage de Luc est sans doute un des plus significatifs, car c'est le témoignage de la foi! Le témoignage de celui qui n'a pas vu mais qui a cru... ceux qui ont vu :
« C'est parce que tu m'as vu que tu as cru ? dit Jésus à Thomas l'incrédule ; Heureux sont ceux qui croient sans m'avoir vu.»(Jn 20/29). Oui, la foi, née du témoignage, pousse elle-même au témoignage, et porte témoignage, car elle ne peut garder pour elle seule une aussi grande et bonne nouvelle !
Le témoignage de Luc est important parce que Luc est notre frère dans la foi. Comme nous, il n'a pas connu le Christ. Il l'a découvert à travers des témoins et des témoignages. Comme nous, il est membre de la "Sainte Cohorte" de ceux qui n'ont pas vu, et qui ont cru quand-même. Il a d'abord lui-même reçu l'Evangile de Jésus Christ avant de le transmettre. Alors qu'il était encore païen, l'évangéliste a lui-même été évangélisé, je le cite : « Plusieurs personnes ont entrepris d'écrire le récit des évènements qui se sont passés parmi nous. Ils ont rapporté les faits tels que nous les ont racontés ceux qui les ont vus dès le commencement et qui ont été chargés d'annoncer la Parole de Dieu. C'est pourquoi, à mon tour... il m'a semblé bon, d'en écrire... le récit suivi. » (Lc III-3). Un récit qui a instruit et édifié des générations de chrétiens.

Mais il est encore un témoin qu'il nous faut évoquer pour compléter et clore notre liste. Un témoin que Luc ne pouvait pas alléguer, du moins dans son récit des disciples d'Emmaüs, car à ce moment-là il ne s'était pas encore manifesté ou, plus exactement, son existence et son action ne s'étaient pas encore manifestées de façon sensible, perceptible; mais Luc le connaissait; et il en soulignera l'importance et le rôle tout au long de son deuxième ouvrage: "Les Actes des Apôtres" ; où il en décrira, avec quel talent et quelle jubilation, la première manifestation à la Pentecôte; j'ai nommé: l'Esprit Saint.
Luc lui-même en a d'ailleurs bénéficié, n'en doutons pas, lorsqu'il a décidé de rendre témoignage, à son tour, par l'écriture. L'esprit Saint: un témoin qui est, à l'instant où je parle, mystérieusement et inexplicablement parmi nous. Un témoin omniprésent, omnipotent et omniscient, qui n'a plus cessé d'être avec les fidèles du Seigneur depuis ces évènements, depuis qu'il a pris le relais de Jésus, et que Jésus lui a passé le "témoin": « Le conseiller, l'Esprit Saint que le Père enverra de ma part, vous enseignera toutes choses et vous aidera à les comprendre. Il vous rappellera tout ce que, moi, je vous ai dit ... c'est l'Esprit de vérité qui vient du Père, il rendra lui-même témoignage de moi. Et vous, à votre tour, vous serez mes témoins. » (Jn 14/26 et 15/26). « Là ou deux ou trois s'assemblent en mon nom, je suis au milieu d'eux. » (Mat 18/20) « ... Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde.>/em> » (Mat 28/20). Le Saint-Esprit, vous savez... celui qui "témoigne à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu" (Rom 8/16) et qui, voyant à quel point parfois nous sommes lamentables dans nos prières, nous vient en aide en exprimant à Dieu, à notre place et en notre faveur, par des soupirs inexprimables, tout ce que nous ne savons pas exprimer ! (Rom 8/26-27).

Réalisons-nous que la rencontre avec le ressuscité, que ce soit sur le ­chemin d'Emmaüs ou n'importe où ailleurs, nous a été rapportée pour cette seule et unique raison qu'elle peut, et doit, à tout moment, survenir encore ?
Réalisons-nous bien que si nous sommes ensemble, maintenant, c'est en raison de tous ces témoignages, perpétués de génération en génération ?
Réalisons-nous suffisamment que la raison d'être de l'Église de Jésus-Christ est de porter témoignage, partout et de toutes les façons,. jusqu'à ce que "son Règne vienne" ?
Réalisons-nous bien que témoigner est donc la mission que le Seigneur a confiée à chacun de nous; et que nous sommes appelés à la remplir, chacun avec les dons et la "mesure de foi" que Dieu lui a donnés, là où il vit, et dans les circonstances qu'il lui faut traverser ?
Réalisons-nous bien que ce témoignage doit être UN, puisqu'il est le témoignage d'une Église UNE, une seule et même Église, à l'image du Père et du Fils qui ne font qu'UN ? Non pas un témoignage uniforme, mais un témoignage unitaire, univoque, rendu à l'unisson.
Pour le chrétien cette mission est noble, sainte, indispensable, inéluctable, et en outre à la portée de tous, car elle ne nécessite aucune compétence ni aucune connaissance particulière, si ce n'est, bien entendu... la connaissance des témoignages transmis; et ne pose aucune condition préalable, si ce n'est, bien entendu, croire à ces témoignages...! Cette tâche a encore une particularité: elle est sans doute la seule que nous puissions accomplir, et qui nous rend encore utile, sinon nécessaire, jusqu'à notre dernier souffle !
Ma foi vient du témoignage, elle se nourrit aussi de la foi de mes frères, donc de leur témoignage, et elle m'a été donnée en vue du témoignage, sinon elle est vaine, stérile, et meurt avec moi.
Amen