Prédication du dimanche 28 septembre 2008 par le pasteur Pierre-André Schaechtelin
Texte : Matthieu 6.25 , Prov. 12.25 - version imprimable (pdf, 15 ko)
La rentrée s’est faite il y a quelque temps à présent. Fichue rentrée ! Pour chacun de nous, ce mot évoque une ambiance, souvent un peu de stress, parfois des images et des odeurs ; Pour les enfants et les jeunes : un tableau, des craies, un sac, pour les parents un caddie plein, un porte-monnaie vide, des papiers à remplir...

Ca me fait dire que pour tous les âges il y a chose commune à toute rentrée : je vais l’appeler le règlement de la rentrée :

Je ne dois pas m’agiter, je n’ai pas le droit de m’agiter, et si je m’agite et si je perds mon sang froid, je ne dois pas le montrer, je dois garder le sourire…

Et sur le même mode, pour reprendre le vocabulaire de l’inquiétude : Je ne dois pas m’inquiéter, je n’ai pas le droit de m’inquiéter, et si je m’inquiète , je ne dois pas le montrer, je dois donner l’impression que je reste calme, très calme…

Ne t’inquiète pas, si c’est dit comme ça, tout sec, sans mettre autre chose à la place de l’inquiétude c’est le pire des règlements : Il y a au moins deux choses qui ont l’air d’être là exprès pour nous inquiéter dans le contexte d’une rentrée :

Je vais illustrer la première chose en reprenant une réplique dans un sketch de l’humoriste Gad El Maleh. Il parle de la rentrée scolaire, et même de la rentrée des premières classes primaires au CP et il dit : avec quoi il commence l’école un enfant ? vous savez ce qu’on lui fait faire tout au début de l’école à un gosse : des problèmes ! Comment voulez vous qu’avec des problèmes on ne s’inquiète pas. Si on continue de lancer nos enfants dans la vie en commençant par leur dire de faire des problèmes, on est mal.

Et puis l’autre chose, c’est presque un lieu commun, mais il faut le redire ici, c’est la tyrannie de la réussite. Ce qui nous est enseigné depuis tout petit, et qui nous poursuit toute la vie, c’est la tyrannie du zéro faute. La réussite n’est plus une chance, c’est une exigence. Le bien être et la beauté ne sont plus des chances, mais des exigences. Il faut être beau et il faut réussir. Ce qui nous préoccupe avant toute autre chose est le succès. Or pour atteindre le succès, il faut conjuguer de drôles de verbes comme « écraser », et « dépasser » Si l’on n’a qu’une idée en tête; être le meilleur, il est clair que les autres ne compteront pas beaucoup et que même des fois, ils viendront à gêner.

Ces deux choses : les problèmes qu’il faut résoudre et la réussite qu’il faut atteindre, on peut dire que c’est une grammaire sociale qui nous met à tous la pression, et franchement je pense qu’on ne peut pas y échapper.

La bonne nouvelle de Jésus n’est donc pas de nous dire : sortez de ce monde qui vous inquiète par ses règles de grammaire sociale qui tournent autour des problèmes et des réussites.

Ce que je pense, c’est que Jésus a connu lui-même les tensions de ce monde, les problèmes à résoudre, le diable lui a même (rappelez vous dans le désert), il lui a fait miroiter la réussite : « si tu te prosternes et si tu m’adores je te donnerai tous les royaumes de la terre »…

La différence dans la vie de Jésus, c’est que la grammaire des problèmes et des réussites a fait entrer en ligne de compte une autre grammaire de vie, qui est celle de la folie. C’est quoi la folie selon Jésus ? C’est d’avoir le courage de changer de maître. Et là je ne parle pas des maîtres d’école.

Changer de maître c’est choisir un autre règne sur ma vie que le règne des tyrannies qui m’écrasent ou qui écrasent les autres. Ca devient alors plus facile de comprendre pourquoi cet autre règne que Jésus nous invite à recevoir s’appelle le règne de Dieu : ça veut dire simplement qu’en le recevant, j’arrête de vivre comme si j’étais seul maître à bord de ma vie : je fais confiance à celui qui me promet non pas une vie sans faute, sans échec, sans déception. Mais une vie simplement humaine et fraternelle. Une vie où je deviens ce que je suis devant Dieu , et pas ce que d’autres veulent faire de moi.

Frères et sœurs c’est de vous tels que vous êtes que notre paroisse a besoin, des hommes et des femmes à dimension humaine et fraternelle, qui peuvent compter les uns sur les autres, plutôt que de courir chacun pour soi. Lutter avec Dieu pour nous ré humaniser, c’est une folie, certes, mais c’est une folie qui mène à la vie, et ça m’étonnerait qu’on le regrette un jour.