Prédication du dimanche 23 novembre 2008 par Jean Liets au Centre oecuménique d'Élancourt.
Textes : Mt 25,31-46 (et Ps 44,5-23, Ez 34,11-22, 1Co 15-20-28, Ps 23) -
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Thème : Jugement dernier et Salut
Combien de fois avons-nous fait ou entendu cette lecture ?
Combien de fois l’avons-nous méditée, entendue prêchée?
A-t-elle encore quelque chose à nous dire ?
La première fois que j’ai prêché sur ce texte, c’était il y a 15 ans, presque jour pour jour, le 21 novembre 93, et c’était ici-même, dans cette salle, pour la même raison qu’aujourd’hui : le synode régional qui confisque nos pasteurs. J’ai prêché deux autres fois dessus, en 96 et 2005, pour la même raison.
C’est vous dire si je suis documenté sur la question.
Eh bien, pour autant, l’accouchement n’a pas été plus facile que les fois précédentes … parce que lorsqu’on aborde la question du Salut et de ses implications pour soi-même, on y réfléchit à deux fois, et même davantage …
Serons-nous tous sauvés ? C’est le titre d’un article paru dans Réforme n° 3289 le 2 octobre dernier. Certains ont leur idée là dessus, mais sur quoi repose-t-elle ?
Matthieu, lui, expose crânement la sienne, qu’il tient de Jésus lui-même, dans cette fresque du ‘Jugement dernier’.
C’est un texte qui conduit à se poser bien des questions.
J’en ai retenu trois :
1°/ Que faut-il faire pour être sauvé ?
2°/ Dans quelle catégorie de prévenus vais-je me retrouver ? A droite avec les moutons, ou à gauche avec les chèvres ?
3°/ Si, par malheur, je suis avec les chèvres, quelle responsabilité me sera imputée dans les fautes et les erreurs commises ? en d’autres termes : quelles circonstances atténuantes pourraient faire commuer ma peine, voire m’obtenir un non-lieu ?
Que faut-il faire pour être sauvé ? La réponse percute le lecteur de plein fouet. Le propos est clair, précis, direct, radical ; de ces paroles de l’Evangile dont l’intransigeance déconcerte, voire décourage ; cette sorte de paroles qui fit dire aux disciples: « Mais alors, qui peut être sauvé ? » (Lc 18/26)
En outre, pour un protestant, le texte est particulièrement difficile à avaler. Dans l’article que j’évoquais il y a un instant il est même écrit qu’il est ‘anti-protestant’ !
Car si vous avez bien écouté, vous aurez remarqué que nous sommes en pleine ‘justification par les œuvres’. Pas une seule fois les mots ‘grâce’ et ‘foi’ n’y sont mentionnés. Le concept de ‘justification par la foi’ en est totalement absent. Ici, donc, les réformateurs sont démentis : notre salut s’obtient par les œuvres !
‘Justification par les œuvres’ ? Une formule du jargon théologique que l’Eglise ferait bien d’abandonner si elle veut se faire comprendre. Bien sûr c’est plus commode que d’expliquer qu’il s’agit d’être innocenté, lavé, du mal qui est en nous, de tout ce mal que nous avons commis et commettons, à l’égard des autres comme de nous-même ; qu’il s’agit d’être libéré du poids du péché qui étouffe et paralyse ; d’être rendu juste, ‘fait juste’ aux yeux de Dieu, par Dieu. Comment ? Par les ‘œuvres’ nous dit Matthieu, c’est à dire par des actions bonnes, des gestes et des comportements justes, au sens de la Justice de Dieu ; en agissant pour le bien ; en faisant le bien. La ‘justification par les œuvres’ ça veut dire que notre pardon, notre salut, doit être gagné, acquis, par une conduite irréprochable, qui se garde du mal et privilégie le bien. Mon salut est donc conditionné à mon comportement au cours de ma vie.
C’est du moins l’interprétation que le texte nous propose, sinon nous impose.
Ce comportement salutaire, Jésus le décrit en 6 gestes simples correspondant à des situations de détresse des plus communes, qu’il
faut traiter sans délai : donner à manger, à boire, accueillir, vêtir, soigner, visiter.
Ces situations n’ont pas changé depuis Jésus. Elles ont changé d’échelle, de modalités, mais elles n’ont pas changé de nature, et leurs conséquences sont tout aussi ravageuses qu’en son temps. Détresses humaines, endémiques et tenaces, ou conjoncturelles, à la manière des résurgences de ces maladies qu’on croyait avoir éradiquées ; symptômes mortifères d’une société malade et incapable.
Ces détresses ne sont pas citées au hasard. Ce sont les plus faciles à discerner et à comprendre, les plus voyantes ; les gestes pour y remédier sont simples, leur nécessité est évidente. Pourquoi ? Parce que tout homme a faim, a soif , a besoin d’être vêtu, accueilli, soigné, visité ; et que même ceux qui n’ont jamais été privés de ces facteurs de vie et de bien-être peuvent aisément imaginer ce qu’ils deviendraient s’ils venaient à leur manquer.
Donc, au jugement dernier, ce sont ces 6 critères qui serviront à départager coupables et innocents ; des critères bien concrets, compréhensibles, relevant de la vie courante ; des critères au regard desquels chacun peut … se juger soi-même, sans attendre sa comparution devant le tribunal céleste ! Car ces critères-là ne peuvent pas être contestés ; ne permettent pas de se dérober au motif qu’ils seraient incompréhensibles ou inapplicables ; car ils relèvent du principe : « Faites aux autres ce que vous voudriez qu’ils fassent pour vous ». Ils sont de l’ordre du faire, non du penser, du réfléchir ou du calculer.
A l’évidente simplicité des besoins doit correspondre l’évidente nécessité d’agir.
Pour Jésus, l’amour du prochain, car c’est bien de cela qu’il s’agit, doit se manifester par des actes, des gestes, des comportements :
« Ce n’est pas celui qui dit ‘Seigneur, Seigneur’ qui sera sauvé, mais celui qui fait la volonté de mon Père ».
Celui qui est sauvé n’est pas celui qui dit mais celui qui fait. L’amour est service, action, il est avant tout physique et pratique.
Jésus nous demande de pratiquer l’amour, littéralement, de ‘faire l’amour’. Faire la volonté de Dieu c’est faire l’amour !
2ème question : De quel côté mes actes vont-ils me conduire, chez les moutons ou chez les chèvres ?
Qu’est-ce qui m’a pris de me poser cette question ? Autant l’avouer : je n’ai pas la réponse. Et pour tout dire je ne suis pas pressé de la connaître.
Pourtant, la 1ère question nous a donné des éléments de réponse, et c’est bien là le problème ; car on se heurte au même dépouillement, à la même rigueur, à la même intransigeance déconcertante du texte.
A commencer par ce pénible constat: il n’y a que deux files d’attente : celle des bénis, et celle des maudits. Ah ! Si seulement il y en avait une 3ème, conduisant, par exemple … au purgatoire ! Sincèrement je m’y laisserais conduire sans protester. Peut-être même que si le juge … ‘m’en laissait juge’, je m’y rangerais moi-même !
Car si je n’ose espérer hériter directement du Royaume, je ne me vois pas non plus, très franchement, en train de rôtir dans le chaudron de Lucifer.
Vraiment le simplisme et le radicalisme de cette scène du jugement sont sidérants. Un tribunal des plus sommaires : juste un juge et des justiciables ; pas d’avocats,
pas de témoins, pas de jurés, pas de médias, pas de public. Ah si, il y a les anges, mais je crains que leur objectivité et leur neutralité prêtent à caution ! Quant au juge, il est aussi Roi. Il cumule les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Sa juridiction et sa souveraineté s’étendent à tous les peuples, donc y compris le peuple élu, et avec lui le peuple de l’Eglise. Les justiciables, chrétiens ou païens, sont présumés coupables. Même les plaignants, désignés collectivement par la formule ‘les plus petits’ sont absents. Ils sont représentés, et leur cause défendue, par un avocat … le juge en personne ! On ne sait pas qui ils sont, mais on sait ce qu’ils sont : des affamés, des assoiffés, des étrangers, des va-nu-pieds, des malades, des prisonniers. Quant au verdict il est simple : acquittement ou peine maximale ; et il est sans appel.
Je ne sais pas ce que vous en pensez mais, à mon avis, il n’y a pas lieu d’être optimiste !
3ème question, que je résume ainsi : quelle responsabilité réelle m’est imputable à l’égard de ce qui m’est reproché, et qu’en sera-t-il du verdict suprême ?
Et d’abord, qu’est-ce qui peut, à partir de notre réflexion sur les deux premières questions, légitimer la 3ème ? Y aurait-il encore un motif de croire en une clémence ‘in extremis’ du tribunal céleste ? Qui sait ?
D’abord, il y a le fait que je peine à admettre que le juge puisse rendre une justice aussi primaire, aussi sommaire, aussi manichéenne. Bon, je vous accorde que ceci est une réaction très humaine qui ne préjuge en rien de l’opinion divine.
Ensuite il me vient à l’esprit des noms, des noms de gens qui ont récemment été sous les feux de l’actualité ; des témoins de l’Evangile, élevés au rang de star par les médias : Sœur Emmanuelle, Abbé Pierre, Mère Teresa … Ils sont légion ceux qui ont consacré une grande partie de leur vie à servir, à pratiquer jour après jour les six gestes qui sauvent … Et cependant nous savons bien qu’ils n’étaient pas parfaits, ceux que j’ai cités en ont eux-mêmes convenu ; même si certains ont été, ou seront ‘béatifiés’.
Je pense aussi à Martin Luther, s’épuisant durant des années de vie monastique à gagner son salut par ses œuvres et ses mortifications, sans y parvenir, et finalement libéré de son angoisse et de ses tourments par la lecture de l’épître aux Romains qui le convainc de son péché inéluctable et inexpiable, si ce n’est par la seule grâce de Dieu, que lui vaut, tout simplement, sa foi.
Et je pense à l’auteur de cette lettre aux Romains, justement, qui se lamente, dans une confession pathétique, de ce que ‘le bien’ n’est pas en lui, malgré le désir qu’il en a ; et que du coup il ne fait pas le bien qu’il veut, mais fait le mal qu’il ne veut pas ! Et de conclure :
« Si je fais ce que je ne veux pas, alors ce n’est plus moi qui agis, mais le péché qui habite en moi ».
Et puis, je me souviens que notre juge, lors de son passage sur terre, a déclaré : « Beaucoup qui sont maintenant les premiers seront les derniers, et beaucoup qui sont maintenant les derniers seront les premiers ». Même que c’est à ses disciples qu’il a dit ça quand ils lui ont demandé : « Mais qui donc peut être sauvé ? ». Même qu’il a ajouté : « Aux hommes cela est impossible mais à Dieu tout est possible ».
Et n’est-ce pas Matthieu lui-même qui rapporte la parabole où les ouvriers de la dernière heure, ceux qui n’ont rien fait de toute la journée, les inutiles, ont reçu le même salaire que ceux qui avaient travaillé du matin au soir ?
J’irai même jusqu’à dire, en parodiant le Seigneur, que ‘si les hommes, mauvais comme ils sont, sont capables d’exercer le ‘droit de grâce’ et l’amnistie, à combien plus forte raison le Seigneur le peut-il ! Une chose est la sentence, une autre est son exécution !
C’est comme ces deux passages, surprenants, ou les bons, tout comme les mauvais, s’étonnent d’apprendre que ce qu’ils ont fait, ou pas fait, c’est en réalité au Seigneur qu’ils l’ont fait ou non. Qu’est-ce qui peut expliquer cette surprise, sinon le fait que ni les uns ni les autres n’avaient véritablement conscience de l’importance de leur comportement ? Comment l’interpréter autrement que comme une ignorance de la portée réelle de leurs actes ?
N’oublions pas que comparaissent devant le tribunal suprême ‘toutes les nations’, donc l’ensemble des peuples, fidèles du Christ et païens confondus. Du reste, dans la bible, le terme ‘nation’ désigne presque toujours les nations païennes.
Souvenons-nous : « Allez, faites de toutes les nations des disciples …baptisez-les … enseignez-leur … ».
Dès lors on comprend la surprise des non croyants : comment auraient-ils pu savoir qu’en portant secours aux autres c’est au Seigneur lui-même qu’ils le faisaient ? Ainsi les païens sont, eux aussi, capables de comportements et de gestes d’amour, et eux aussi alimentent la file des bénis en route pour le Royaume ! Comment ont-ils fait pour se conduire conformément à la volonté de Dieu, eux qui ne connaissaient pas son enseignement ni ses commandements ?
Quant à la surprise des fidèles, elle est plus complexe à interpréter. Et c’est là qu’interviennent les notions de foi et d’œuvres.
Selon la doctrine du salut gratuit, par la grâce seule, au moyen de la foi, fondement de la Réforme, le croyant est de toute façon pécheur, mauvais, et ce ne sont pas ses quelques bonnes actions qui peuvent lui valoir le salut. Dès lors toute bonne action, toute ‘œuvre’ qui aurait
pour motif, ou arrière pensée, un quelconque mérite valant à son auteur une récompense, une rétribution, ou une faveur dans la perspective du Royaume et de la vie éternelle, serait dénuée de sens,
vaine, et jugée nulle et non avenue par le tribunal céleste. Voilà pourquoi le chrétien ne devrait pas réfléchir, ni supputer, ni calculer, quand ‘il fait’ le bien. Voilà pourquoi, dans l’absolu, c’est spontanément, instinctivement, et mu par sa seule foi, qu’il doit aimer son prochain. Voilà pourquoi l’apôtre Paul peut lancer aux Corinthiens : « Je pourrais distribuer tous mes biens aux affamés, et même livrer mon corps aux flammes, si je n’ai pas l’amour cela ne me sert à rien ».
Mais il est vrai que Matthieu, dans son évangile, n’établit pas de relation directe entre foi et salut, et ne rend pas celui-ci tributaire de celle-là. Mais quand on connaît son but et ses intentions, on comprend pourquoi.
Il y a quelque chose dont, à ce jour, je demeure convaincu : il n’y a pas d’opposition entre les témoins du Christ, ni de contradictions dans leurs témoignages. Par contre, ce qui est vrai, c’est que chacun d’eux rend son témoignage en fonction de l’auditoire ou du lectorat auquel il s’adresse, et de l’environnement et des circonstances dans lesquelles il se trouve.
Quand Paul prône le salut inconditionnel, par grâce, au moyen de la foi seule, il s’adresse à des païens qui n’ont pas reçu la loi de Moïse, et n’ont jamais connu les contraintes des commandements. De plus, Paul était convaincu, et leur enseignait, que le retour du Seigneur était imminent. L’important était alors d’y croire et de s’y préparer spirituellement. Leur imposer le joug d’une loi, n’était-ce pas risquer de les perdre ?
Mais quand Matthieu écrit son évangile, une quarantaine d’années ont passé, et ses premiers lecteurs sont des juifs convertis au christianisme. Ses préoccupations ne sont plus du tout les mêmes. Pour lui, la priorité n’est plus à l’entrée massive des païens dans l’Eglise, mais à l’armement moral des fidèles qui y sont déjà. La foi va devoir, désormais, être vécue dans la durée et probablement dans l’épreuve ; il va falloir ‘se serrer les coudes’
car : « Nul ne connaît ni le jour ni l’heure … Nul ne sait quand le Maître va rentrer … quand l’époux va venir… ».
Alors oui, Matthieu va se faire catéchète et pédagogue, usant de mots forts et simples, de symboles, de contrastes et de paradoxes, utilisant toutes les ressources du style : concision, clarté, répétitions, symétrie … tout cela pour frapper l’esprit et graver
dans la mémoire. Et il a réussi. Peut-être même un peu trop : songeons qu’au moyen-âge l’Eglise s’est servie de cette histoire de jugement dernier pour maintenir dans la peur de l’enfer, la peur d’être damné pour l’éternité, tout un peuple docile et naïf, tout prêt à acheter des indulgences, et à bien d’autres œuvres nécessaires au rachat des péchés … mais surtout nécessaires à la prospérité de l’Eglise.
Enfin, si ce jugement est ‘le dernier’, c’est qu’il y en a eu d’autres avant, et que celui-ci est tout bonnement une récapitulation des précédents ; un bilan quoi ! Car en fait, c’est à chaque fois que je fais l’un des six fameux gestes, ou que j’omets de le faire, que je suis jugé. Et à bien y regarder, le tri entre les bons et les mauvais n’est pas si arbitraire que ça ! Car, qui me juge sur ma conduite ‘au coup par coup’,
quotidiennement, sinon moi-même, puisque c’est mon comportement qui décide de ma culpabilité ou de mon innocence ?
D’autant que ce ‘mea culpa’ n’est jamais définitif : j’aurai toujours l’occasion de me racheter, non par des œuvres méritoires, mais par l’accomplissement de gestes, et l’adoption d’attitudes, que l’Esprit m’inspirera, en réponse à ma foi. Ce qui est passé est passé. C’est l’instant présent, dans sa banalité apparente, qui est décisif ; « Vous aurez toujours des pauvres avec vous » a dit Jésus.
Chers amis, je vous avoue qu’à ce stade de notre réflexion je finis par me demander s’il y aura vraiment du monde dans ces files d’attente pour le Royaume de Dieu et pour l’enfer. Je me demande si ces deux files ne vont pas finalement fusionner en une seule ; et si, à l’examen ‘au cas par cas’, tous ne finiront pas par se retrouver dans une file unique ; où les moins bons côtoieront les meilleurs ; où les derniers rattraperont les premiers ; où certains s’entendront dire qu’ils auraient dû faire beaucoup plus, et mieux ; et d’autres qu’ils n’étaient pas si responsables que ça.
Certes, ce n’est pas ce que dit le texte, dans son intransigeance et sa rigidité. Mais je crois que cette rigueur n’a pas pour but d’effrayer, mais seulement d’éclairer et d’édifier. Quoi qu’il en soit, moi je maintiens ma question, elle aussi dans sa franchise et sa rigueur : Quelle est ma responsabilité réelle, effective, qui me vaut d’être condamné ?
Après tout, puisque le juge se fait l’avocat des petits, n’ai-je pas le droit, moi, de me faire mon propre avocat ?
Quelle est donc ma responsabilité quand je suis né dans l’opulence, le confort, la sécurité ; quand j’ai toujours été bien nourri, bien vêtu, bien soigné, sans souci d’aucune sorte pour ma vie et mon bien-être ?
Quelle est ma responsabilité quand j’ai été habitué, dès ma jeunesse, à consommer sans compter ; à m’acheter le plus tôt et le plus vite possible tout ce que le marché et la publicité offrait à ma convoitise ?
Quelle est ma responsabilité quand on m’a convaincu que c’était possible, grâce au crédit et à l’endettement ? Et qu’on m’a fait croire que les ressources de la terre étaient inépuisables ?
Quelle est ma responsabilité quand mes éducateurs et mes maîtres ne m’ont pas suffisamment mis en garde contre la tentation et les risques de l’ambition, de la cupidité et de la corruption ? Ou quand au
contraire ils m’ont inculqué des idées fausses et injustes ; la vanité, l’arrogance, l’intolérance, l’intransigeance ?
Quelle est ma responsabilité quand je vis dans une société qui ne reconnaît et ne valorise que ceux qui gagnent, qui réussissent, arrivent premiers, sont plus forts, plus rapides, plus riches ; au besoin en trichant et en mentant ?
Quelle est ma responsabilité quand on m’a fait croire en un Dieu qui accepte, voire demande, d’être servi par la violence, la haine et le crime ?
Quelle est ma responsabilité lorsque je suis en prison pour régler ma dette à la société, et que les conditions de vie en prison sont telles que j’en ressors encore plus mauvais qu’avant ?
Quelle est ma responsabilité quand mes parents sont des immigrés, ignorant la langue et la culture de leur pays d’accueil, et que je vis avec eux et mes frères et sœurs dans quelques mètres carrés, quelque part dans une banlieue où le chômage, l’insécurité, la drogue, le racket et la violence sont omniprésents ?
Je pourrais continuer longtemps …
Mes amis, la crise économique, ses retombées déjà manifestes et celles à venir, les implications de la mondialisation, les effets de la pollution, du dérèglement climatique et du pillage des ressources naturelles … tout cela pourrait bien donner à ce texte, très bientôt, une actualité brûlante ; et son avertissement est donc des plus nécessaires et des plus salutaires.
Pourtant il n’est pas qu’un avertissement. Il est aussi un sujet d’Espérance. La foi, peut-on lire dans l’épître aux Hébreux, c’est ‘être sûr de ce que l’on espère’. Hé bien le jugement dernier nous apporte la certitude du triomphe du Christ, la victoire définitive de l’amour sur l’indifférence, de la justice sur l’injustice, du bien sur le mal. Il est encore sujet d’espérance parce qu’il donne un sens, un but, de l’importance à l’œuvre et à la vie de tout homme. Si la gloire de son Père éclate et resplendit dans la création, Jésus ne fait pas pour autant la fine bouche devant les œuvres humaines, fussent-elles profanes. Tout imparfaites, insuffisantes, et pécheresses qu’elles soient, les œuvres humaines comptent au regard de Dieu. Certaines s’intègrent dans son plan, d’autres le récusent ; certaines travaillent au Royaume et y seront accueillies, d’autres le nient et en seront chassées.
Mes œuvres n’ont pas pour but de me sauver, mais c’est parce que je suis déjà sauvé, par grâce, que j’agis envers les autres. L’action du chrétien n’est pas un moyen de salut, mais sa conséquence logique.
Que Dieu nous donne d’être capables de le servir en vérité, selon les dons et la mesure de foi qu’Il nous a confiés ; de mettre nos actes en conformité avec notre foi, et notre foi à l’épreuve de nos actes.
Amen