Un cadeau pour Jésus : Conte de la veillée de Noël 2008 par le pasteur Pierre-André Schaechtelin
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Je sais qu’il y a parmi nous quelques passionnés de généalogie, et il m’arrive de m’y intéresser aussi. Mais ce n’est pas seulement pour les généalogistes que j’ai choisi de lire avec vous ce matin le récit de la généalogie de Jésus. Je l’ai fait d’abord parce que c’est l’Evangile qui est proposé pour aujourd’hui, mais j’aurais pu me simplifier la tâche en lisant tout le chapitre 1 comme le proposent nos listes, et j’aurais pu alors prêcher sur la visite de l’ange à Joseph, qui vient juste après la généalogie. Mais non, je crois que cette longue liste de 42 générations qui sont présentées comme l’ascendance de Jésus a quelque chose à nous dire ce matin.
Je vais d’abord passer rapidement sur deux choses qui sont fréquemment soulignées lors d’une étude biblique sur cette généalogie. Non que ces deux choses ne soient pas importantes ou parlantes, mais on ne peut pas tout dire et j’ai fait un autre choix.
La première de ces choses c’est que la généalogie de Jésus dans l’Evangile selon Matthieu remonte jusqu’à Abraham, le père de la promesse, alors que la généalogie de Jésus selon l’Evangile de Luc remonte jusqu’à Adam, c’est à dire un bon bout plus loin. La raison de cette différence est simple : Matthieu s’adresse principalement à des chrétiens d’origine juive, et il est normal qu’il mette l’accent sur le fondateur du peuple d’Israël, alors que Luc s’adresse principalement à des chrétiens d’origine païenne, et il met donc l’accent sur l’universalité de l’Evangile qui concerne l’ensemble de l’humanité.
La deuxième chose sur laquelle je passe rapidement, c’est la mention originale dans cette généalogie de cinq femmes, et non pas quatre comme on dit parfois, qui sont toutes des femmes atypiques ou décalées par rapport à ce qu’on pouvait attendre. Ces cinq femmes sont dans l’ordre de leur apparition à la lecture : 1. Thamar, 2. Rahab 3. Ruth, 4. La femme d’Urie (qui s’appelait donc Bethsabée), et enfin 5. Marie promise en mariage à Joseph. Ces cinq femmes sont atypiques dans le sens où trois d’entre elles sont d’origine étrangère au judaïsme, et quatre d’entre elles ont eu une vie conjugale tumultueuse, critères que les religieux juifs du temps de Jésus n’aimaient pas beaucoup. Donc 1 Evangile qui fait place à l’atypique !
Après avoir maintenant dit ce dont je n’allais pas parler, tout en prenant soin d’en parler quand même un peu, il me reste peu de temps pour vous parler de ce qui a retenu mon attention dans cette généalogie de Jésus.
Ce qui a retenu mon attention, c’est une seule chose, mais elle est de taille quand on la trouve dans la bible, puisqu’il s’agit d’un oubli à la fin de cette généalogie. Je peux vous laisser deviner cet oubli en vous citant le titre d’un film de robert Lamoureux sorti en 1973 et qui s’intitule : Mais où est donc passée la 7ème compagnie ? Ce qui introduit la question que l’on est en droit de poser à l’évangéliste Matthieu : mais où est donc passée la 42ème génération.
Je relis en effet ce que nous dit l’Evangile en fin de généalogie sur le nombre des générations qu’elle contient. « Il y a en donc en tout, nous dit-il, quatorze générations depuis Abraham jusqu’à David, quatorze générations depuis David jusqu’à la déportation à Babylone et quatorze générations de la déportation à Babylone jusqu’au Christ. » Bref en tout quarante-deux générations. Tout à l’air cohérent. Rien ne semble pouvoir faire échapper Jésus au déterminisme des chiffres. Son destin entre dans une arithmétique imparable.
Et cependant : comptez et recomptez la liste des générations de la généalogie de Matthieu. Vous n’en trouverez que quarante et une ! non pas quarante-deux comme le laisse entendre Matthieu qui savait bien que certains pinailleurs allaient recompter derrière lui, mais bel et bien quarante et une. Or si Matthieu savait qu’il serait vérifié, c’est bien sûr qu’il sait très bien pourquoi il laisse un blanc dans sa liste, une place vide, une génération à occuper. Pour qui ce blanc, pour qui ce vide ? pour répondre à cette question il faut comme souvent dans une œuvre littéraire aller chercher la question du début tout à la fin, et que lisons nous tout à la fin de l’Evangile selon Matthieu : « allez et faites de toutes les nations mes disciples », littéralement : rendez disciples toutes les nations.
Vous l’avez compris, je vous annonce comme une piste possible que c’est pour cet ensemble universel de disciples dont nous faisons partie qu’une place vide a été laissée volontairement dans la généalogie de Jésus. Ce vide fonctionne pour nous comme un appel d’air qui nous appelle précisément et qui nous dit : vous avez votre place à la 42ème place de la généalogie de Jésus. Une place qui n’est plus une ascendance de Jésus, mais une descendance spirituelle. Car cette généalogie commence comme une nouvelle création par les mots : livre de la genèse de Jésus-Christ, et elle se termine par une invitation à devenir nous aussi à la suite de Jésus une création nouvelle, porteuse d’une bonne nouvelle : c’est qu’il y a dans l’Evangile une place pour le nom de chacune et de chacun d’entre nous.