Prédication du dimanche 15 mars 2009 par Philippe Clément
Texte : Marc 8, 27-36 - Version imprimable (pdf, 19 ko)
« Et vous qui dites vous que je suis »
Frères et sœurs, Le ciel est tombé sur la tête de Pierre, lui, qui venait juste dans un éclair de découvrir et de dire pour la première fois la vraie nature de Jésus, encaisse une rebuffade d’une violence et d’une dureté que l’on a peine à imaginer dans la bouche du Christ. 
Pour nous un paradoxal avertissement : pour sauver notre vie, il faut la perdre en accompagnant Jésus sur le chemin de la croix.
Dans le court temps qui nous est imparti, tentons de mieux comprendre ce surprenant récit de Marc.
Voyons tout d’abord ce qui arrive à Pierre :
Jésus demande à ses disciples « Qui suis-je au dire des hommes » et retourne de suite la question « et vous qui dites vous que je suis ».
La réponse à la question « Qui suis-je au dire des hommes », est bien décevante. Les juifs, probablement même ses disciples, croient a un retour d’un prophète du passé, ils n’ont rien découvert de nouveau dans le message que leur apporte Jésus. Tout avait déjà été dit par les prophètes de l’Ancien Testament et la nouveauté de la bonne nouvelle est passée inaperçue.
A contrario la réponse de Pierre à la question « et vous qui dites vous qui je suis », est le maximum de ce que peut dire un Juif de l’époque.
« Tu es le Christ, » c'est-à-dire celui qui a reçu l’onction du Seigneur.
C’est la première fois que l’un de ses disciples disait si explicitement sa foi.
On peut facilement imaginer la joie de Pierre et aussi des autres disciples qui viennent d’avoir cette révélation foudroyante, peut être murie au cours du long compagnonnage qu’ils ont vécus avec Jésus. Oui cet homme est bien le Messie qu’ils attendaient.
Mais l’euphorie de ce moment sera de courte durée.
Jésus leur commande de n’en parler à personne comme il en avait l’habitude, ne voulant que cette révélation ne vienne qu’après la résurrection et pour la première fois Il va dire clairement ce qui va lui arriver ; jusqu’a lors, Il n’y avait fait que des allusions partielles.
Il doit se rendre à Jérusalem pour y être mis à mort de la façon la pire, Il sait qu’Il va se heurter à l’incompréhension de tous les juifs y compris de ses disciples qui ne peuvent pas concevoir que leur messie va être traité comme un brigand, torturé et humilié, eux qui attendent le libérateur auréolé de gloire.
Il sait donc qu’Il va devoir affronter l’épreuve de la Croix dans la solitude et l’abandon de tous.
Pierre lui fait le reproche de s’entêter à vouloir rejoindre Jérusalem. Il ne peut concevoir que le Christ doive mourir de la sorte et de par sa réaction humaine devient inconsciemment un obstacle sur le chemin de Jésus.
Serait-il devenu, lui le fidèle des fidèles, l’instrument du diable qui désespérément cherche à détourner Jésus de son destin.
Celui qui a reçu l’onction de Dieu n’ira pas en triomphateur à Jérusalem, il sera sans défense, déshonoré, humilié et ses disciples ne pourront ni le suivre ni même l’accompagner.
Il leur faudra beaucoup de recul pour comprendre que Jésus en acceptant son supplice à accompli la prophétie d’Esaie (Es 53, v 6) « Le Seigneur a fait venir sur lui notre faute » et qu’il n’y avait pas d’autre chemin possible. C’était le seul chemin de Dieu avec nous et pour nous, menant vers la résurrection et la vie.
Frères et sœurs, laissons Pierre se remettre du coup qu’il a reçu pour nous occuper de notre cas.
« Si quelqu’un veut me suivre, il ne doit plus penser à lui-même. Il doit porter sa croix ».
Ceux a qui il a été révélé que ce chemin était le seul possible ne sont pas au bout de leurs peines. Confesser que Jésus est le Seigneur implique d’accepter que le Christ doive suivre le chemin que Dieu lui a tracé, ce que Pierre n’a pu faire, tant cela était inconcevable dans la conception juive de l’époque.
Nous devons accepter aussi de porter notre part de la croix au détriment de notre bien être matériel et moral. C’est une conversion difficile, durable et profonde de notre vie que Jésus attend de nous.
Je ne crois pas que Dieu veuille nous voir crucifiés aux cotés de Jésus.
Dieu ne veux ni m’anéantir ni m’inciter à cultiver la souffrance, Il veut simplement que je prenne ma part de la misère du monde, et que chaque fois que la vie me maltraite, ou maltraite mon prochain, que mes meilleures intentions échouent, que je désespère du monde, je redécouvre la croix et que j’en prenne consciemment une part de sa charge.
C’est ainsi qu’il agit en moi pour que j’aie la certitude qu’il sera à mes cotés dans les heures sombres.
Frères et sœurs, notre monde est malade, malade de nos égoïsmes, malade de ses terroristes fanatisés, malade de ses spéculateurs en tout genre obnubilés par le profit, malade de ses dirigeants de toute sorte aveuglés par leur soif de pouvoir.
Nous qui nous réclamons du Christ, ne devrions nous pas être animés du désir d’être, dans ce monde malade, un ilot de paix, de joie et de sérénité ?
Mais pour cela il faut être soi même en paix, confiant et serein.
Pour atteindre cet état, je crois que le premier pas à faire est de répondre à la question «  Qui est Jésus pour moi ».
Est-ce un moralisateur qui a réactualisé les 10 commandements de la Genèse qui étaient du reste la lecture de ce jour dans l’ancien testament ou les commandements du chapitre 19 du lévitique ?
Est un guérisseur surdoué qui à subjugué ses contemporains par nombre de guérisons inexplicables.
Est-ce un rabbi hors normes, doté d’un esprit de répartie époustouflant ?
Est ce le premier prophète des temps nouveaux ?
Ou, est-ce vraiment le fils de Dieu devenu homme pour nous apporter et personnifier la Bonne Nouvelle.
C’est à chacun de faire son choix, mais je crois que c’est seulement la dernière réponse qui nous donnera la force d’accompagner Jésus sur son chemin de croix.
Il reste un obstacle de taille : nous.
Comme les disciples nous sommes des êtres humains et comme les disciples nous avons notre propre vision de ce que le monde devrait être, de ce qu’il faudrait faire pour qu’il soit meilleur et même, suprême arrogance, de ce que Dieu devrait faire pour qu’il soit meilleur.
C’est précisément ce que Jésus a qualifié de satanique dans sa réprimande à Pierre qui voulait le détourner du chemin que Dieu avait choisi.
Alors si Dieu nous fait la grâce de donner la bonne réponse à la question « et vous qui dites vous que je suis »
Pour que notre joie ne sois pas d’aussi courte durée que celle de Pierre ; il faudra nécessairement répondre à une autre question, au moins aussi difficile : Suis-je prêt à renoncer au chemin que je crois être le bon, pour accompagner Jésus sur le chemin qu’Il a choisi.
Amen.