Prédication du dimanche 12 avril 2009 par Matthieu Lepetit
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Chères soeurs, chers frères.
La pierre était enlevée. Le tombeau était vide. Le corps n'était plus là. Seules traces subsistant de l'ensevelissement, les bandelettes étaient posées là et le suaire était roulé à part. Ce vide, cette absence sont incompréhensibles rationnellement. L'ordre qui règne dans le sépulcre doit nécessairement conduire à exclure de la manière la plus catégorique qui soit tout déplacement précipité ou tout vol de la dépouille. Face à cette situation, l'évangéliste nous donne à voir trois attitudes différentes et trois manières d'interpréter une réalité de prime abord incompréhensible. Quelles sont-elles ?
Commençons par Pierre. Honneur au prince des apôtres. Arrivé le deuxième, il rentre pourtant le premier dans le tombeau, manière de rappeler sa primauté. « Il voit les bandelettes posées là et le suaire qui était sur sa tête. » : c'est le premier témoin pascal. Pourtant, il n'est pas à même de comprendre le signe qui se présente devant ses yeux. Il peut être défini comme le témoin qui constate un fait mais qui n'en a pas l'intelligence profonde. Il faudra attendre encore un peu pour que Jésus se manifeste aux autres apôtres et à lui. La pierre est enlevée. Le tombeau est vide. Le corps n'est plus là. Chères soeurs, chers frères, que voyons nous ? Chères soeurs, chers frères, que comprenons nous ?
Le disciple bien-aimé, lui, « voit et croit» dès son entrée dans le tombeau. A ses yeux, l'état du sépulcre est un signe. Les bandelettes et le suaire ainsi abandonnés signifient que le Crucifié n'est pas resté prisonnier de la mort mais qu'il est bel et bien vivant. Lazare ressuscité est libéré par des mains humaines de ses bandelettes et de son suaire. C'est sans le soutien de quelque acteur humain que ce soit que le Christ s'est libéré de la tombe. Le voir de Pierre est resté en deçà de toute interprétation. Celui du disciple bien-aimé est un voir qui suscite la foi. Il croit sans que le Ressuscité lui apparaisse. Il croit à la seule vue du tombeau vide, c'est à dire à la seule vue de la radicale absence du Christ. Il est celui qui sait interpréter cette dernière comme le signe de sa Résurrection.
Le tombeau vide en effet nous indique qu'il n'y a pas de preuve directe de la Résurrection. Ce sépulcre n'a pas la valeur d'une évidence qui nous démontrerait objectivement le retour du Christ à la vie. Il nécessite une interprétation de la part du disciple bien-aimé ; il nécessite une interprétation de notre part. Seule la foi est en mesure de discerner dans le signe ambigu du tombeau vide la trace du Christ ressuscité, la trace de la vie. Nous avons avec le disciple bien-aimé, image du croyant accompli, interprète sensible du destin du Christ, la première évocation de la foi qui croit sans voir.
La pierre est enlevée. Le tombeau est vide. Le corps n'est plus là. Chères soeurs, chers frères, que voyons nous ? Chères soeurs, chers frères, que croyons nous ?
Et puis je terminerai avec la personne de Marie de Magdala. Elle a tout d'abord une lecture que l'on pourrait qualifier d'humaine de la découverte du tombeau vide. En déplorant la disparition du corps du Seigneur, elle fait sienne, dans un premier temps au moins, la lecture la plus évidente de l'évènement: la dépouille de Jésus a été soit déplacée soit volée. La disciple est tout d'abord incapable d'interpréter le tombeau vide comme un signe. Est-ce pour cette raison que l'évangéliste nous précise qu'il faisait encore sombre lorsqu'elle se rend au tombeau? Cette femme est perdue dans la nuit de sa douleur. Elle n'est pas à même de comprendre l'évidence : Jésus Christ est ressuscité. Marie de Magdala s'est tenue au pied de la croix. Elle se retrouve au tombeau vide, en pleurs, toute à sa douleur face à la disparition de son maître. Elle se baisse pour regarder à l'intérieur du sépulcre. Elle y aperçoit deux anges qui l'interrogent sur la raison de son chagrin et qui, par là même, la préparent à sa rencontre avec le Christ. Elle se retourne et quitte ainsi l'espace du tombeau associé à la mort. Elle voit alors Jésus qu'elle ne reconnaît pas dans un premier temps. Elle lui demande où le corps a été déposé. Cette interrogation révèle l'incompréhension de la disciple et nous apporte une double information. Marie de Magdala, par ses propres moyens n'est pas en mesure d'accéder à la foi. Seule la parole du Christ peut remplir ce rôle. Elle illustre là l'incapacité de l'être humain à parvenir à la foi par lui même. Quant au Messie, puisque son corps historique a disparu, c'est désormais à un autre niveau que l'on peut entrer en relation avec lui, au seul niveau de la parole. Et c'est lui qui prend ici l'initiative, non pas en disant qui il est mais en appelant sa disciple éplorée par son nom, Marie. Elle est reconnue dans sa propre identité par le Christ qui connaît parfaitement tous les siens. Elle peut à son tour reconnaître le Christ qui s'est adressé à elle. Elle peut alors rentrer à nouveau en relation avec lui. Découverte du Ressuscité et découverte de soi vont de pair. Mais il s'agit bel et bien d'une relation d'une nouvelle nature. Lorsque Marie de Magdala s'adresse à lui en le désignant du titre de «rabbouni», il lui répond «Ne me touche pas». En effet, par cette appelation, la disciple veut restaurer la relation qui existait avec le Jésus d'avant la croix, le Jésus terrestre, le Jésus historique. Elle ne veut ou ne peut en faire le deuil et par là même elle refuse d'accepter la résurrection du Christ. Elle croit à une simple réanimation de sa dépouille mortelle. Or la résurrection nécessite l'établissement d'une nouvelle relation. Elle se fait par le biais d'une parole détachée de la personne physique du Christ qui appartient désormais au monde du divin. Faisant son deuil du Christ terrestre, Marie de Magdala, devenue soeur du Christ, établit une nouvelle relation avec lui. Elle accepte, à la face du monde, d'être, par ses actes et par sa parole, son témoin. La pierre est enlevée. Le tombeau est vide. Le corps n'est plus là. Chères soeurs, chers frères, qu'entendons nous ? Chères soeurs, chers frères de quoi témoignons nous ?
Que, dans la joie de Pâques, Jésus est ressuscité, qu'il est vraiment ressuscité et nous avec lui.