Prédication du dimanche 19 avril 2009 par Jean Liets
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Wahoo ! Quelle démonstration !
Chers Amis, avez-vous idée de ce que peut ressentir un prédicateur laïc, de surcroît quasiment autodidacte en matière de théologie, quand il est appelé à prêcher sur la résurrection des morts ? C’est quelque chose à la fois de très fort et d’ambiguë, de presque paradoxal : un sentiment de joie et de fierté, mais aussi de crainte et d’indignité. Car il s’agit tout simplement de prêcher sur ce qui est le fondement de la foi chrétienne, ce qui légitime l’espérance des chrétiens, ce qui donne sens à cette foi et à cette espérance. Je ne saurais dire dans quelle mesure ce chapitre 15 de la 1ère lettre de Paul aux Corinthiens à contribué à l’édification de ma foi, mais je peux dire avec certitude qu’il y a contribué ! Et qu’à chaque fois que je le relis, il m’impressionne, surtout les passages que nous venons d’entendre : quelle conviction, et quelle détermination pour convaincre, quelle maîtrise de l’argumentation, quelle certitude dans la foi ! Ce qui m’épate également chez Paul, c’est l’intelligence au service de la foi, la confiance dans le raisonnement, le recours à la logique. Chez Paul, la raison ne s’oppose pas à la foi, même quand il s’agit de la foi en la résurrection ! Reste à savoir si sa démonstration est convaincante … !
Avec les chrétiens de Corinthe, Paul doit faire face à une attitude intellectuelle assez curieuse : certains de ses paroissiens, sans mettre en cause la Résurrection du Christ en tant que telle, ne pouvaient pas concevoir qu’elle pût s’appliquer à eux-mêmes. Pour ces Corinthiens, sans être niée, la Résurrection n’avait pas l’importance que lui accordaient les juifs, du moins les pharisiens au nombre desquels comptait Paul. Surtout, cette résurrection n’ avait pas d’incidences pour le futur : la vie, la vraie, ce n’était pas avec le corps qu’elle était comprise, mais au contraire, sans lui. Leur âme retrouverait la vie éternelle quand, justement, débarrassée de son corps, elle entrerait en communion avec Dieu et son Esprit. Ainsi, que le Christ soit ressuscité, soit ! Mais lui tout seul ! Et la conséquence que Paul avait tirée de cette résurrection du Christ, à savoir que les morts, même Corinthiens, retrouveraient un corps et récupéreraient ainsi leur existence antérieure, cette conséquence leur faisait horreur ! Le Corinthien ne veut pas entendre parler d’une récupération éventuelle de ce gêneur qu’est le corps, et entend bien s’en tenir à l’immortalité de l’âme. Cela dit, c’est un peu facile de taper sur les Corinthiens. S’ils ont la vedette, c’est bien malgré eux, et c’est du fait de Paul. Demandons-nous plutôt s’ils n’auraient pas fait des émules jusqu’à aujourd’hui, et jusque chez nous. Il se trouve que l’hebdomadaire catholique ‘Le Pèlerin’ vient justement de publier un sondage à la veille des fêtes de Pâques ; sondage TNS Sofres/Logica qui souligne que le cœur de la foi chrétienne est loin de faire l’unanimité. Heureusement ce sondage ne concerne que les chrétiens catholiques Français, ce qui nous permet de conserver toutes nos illusions quant aux protestants. Je ne vous donne que les résultats principaux : A la question : « Qu’y a-t-il pour vous après la mort ? » seuls 13% des catholiques en général répondent : « la résurrection des morts auprès de Dieu », contre 7% qui croient en la réincarnation, 40% en ‘quelque chose’, et 33% en ‘RIEN’. Chez les catholiques pratiquants réguliers la résurrection recueille quand-même une majorité : 57% ; contre 1% pour la réincarnation, 29% pour ‘quelque chose’, et 8% pour rien. Cela fait quand-même 43% de catholiques pratiquants et fervents qui ne croient pas en leur résurrection stricto sensu ! Dommage que la statistique n’existait pas au temps de Paul ; on aurait pu faire des comparaisons !
Reste à expliquer cet éloignement d’une bonne partie des chrétiens français de ce qui constitue le noyau même de la foi chrétienne. Pour les spécialistes interrogés par le magazine, c’est dans un sérieux déficit d’explication de ce qu’est le christianisme qu’il faut chercher. L’un d’entre eux déclare : « Depuis un demi-siècle, l’Eglise est emmurée dans un silence radio sur l’au-delà ! ». Quand je pense que nous sommes en train de contribuer, en ce moment même, à rompre ce silence !! Il faut aussi remarquer que bien des chrétiens ne le sont que par respect de la tradition familiale, ou par obéissance à leurs parents, même si ces motifs ne prévalent plus de nos jours. D’autres motifs, plus personnels et subjectifs, peuvent aujourd’hui conduire au Christ, et constituer une population de ‘chrétiens dits sociologiques’ qui n’ont pas mieux entendu la prédication de l’Evangile que les Corinthiens il y a 2000 ans !
Ainsi beaucoup de Corinthiens d’alors, et de Chrétiens d’aujourd’hui, auxquels s’adressent les paroles de l’apôtre, ne parviennent pas à une foi totale. Attirés par la personne historique du Christ, frappés par son enseignement, sa manière d’être, son amour pour les faibles et les humbles, ses guérisons extraordinaires, et donc gagnés au christianisme, ils pensent, devant l’affirmation de la résurrection : « Non ! Pas ça ; pas possible ; inconcevable. Gardons le souvenir de Jésus, essayons de vivre son message pendant les quelques années de notre passage sur terre. De toute façon, après, il n’y a plus rien. La résurrection ? A qui fera-t-on croire une chose pareille ? ». Alors Paul décide de relever le défi. Plus exactement il ne peut faire autrement, en raison même de sa foi. On peut mesurer la tâche de l’apôtre ! Sa démonstration, qui prend à peine deux pages d’une bible au format 10x18, ne rend sûrement pas compte du temps et du travail qu’il a dû, sous forme de méditation, de réflexion et de prière, consacrer à sa rédaction. Du grand art !
Paul va donc essayer de prouver qu’il n’y a pas de résurrection du Christ sans résurrection des morts ; que l’une ne va pas sans l’autre ; et que nier la seconde, c’est nier la première ; et que si on nie la première, on nie tout. Pour Paul, la résurrection du Christ et la nôtre sont une seule et même réalité, mais qui se manifeste en deux temps, comme le temps des semailles et le temps de la récolte. En sortant de son tombeau le Christ a sorti l’humanité du sien. C’est déjà fait. Mais cela ne se voit pas. Nous sommes déjà ressuscités avec le Christ ; le signe, sinon ‘la preuve’, en est notre baptême. Une autre ‘preuve’ est notre foi, qui est déjà notre victoire sur la mort. Et un jour cela se verra. Et si ce jour suprême de la résurrection des corps ne devait pas advenir, notre foi serait vaine, et vide, car elle consiste justement à assumer ce corps, ce monde, cette vie. Selon Paul, l’originalité de la foi chrétienne c’est l’unité de l’âme et du corps, de la vie spirituelle et de la vie profane. C’est même à partir de la vie profane qu’éclot la vie spirituelle. L’originalité de la foi chrétienne, c’est l’incarnation : Dieu en Christ, crucifié et ressuscité. Et si nous ne croyons pas au sérieux de cette incarnation, et donc de la résurrection, ne parlons plus de christianisme, ni du Christ, ni de son enseignement, ni de sa naissance, ni de la croix, car alors tout cela devient le pire des mensonges, la plus néfaste des illusions, la plus grande falsification de l’Histoire … et cela fera de nous « les plus pitoyables de tous les hommes ». Nous aurons fait reposer notre vie sur une chimère, nous nous serons découverts pécheurs sans espoir d’être pardonnés, nous aurons affronté l’angoisse de la mort sans issue possible, nous aurons constaté tout le négatif de la condition humaine. Le christianisme ne nous aura sortis de nos mensonges et libérés de nos illusions que pour nous plonger dans l’absurdité du vide infini. Telle est la conviction que Paul veut partager avec l’Eglise de Corinthe.
Pour ce faire, il commence par rappeler à ses membres le message qu’il leur a transmis lors de son séjour parmi eux durant l’hiver 50-51 : la Bonne Nouvelle qu’il leur a annoncée, que lui-même avait préalablement reçue, à laquelle ils ont cru, et à laquelle ils feraient bien de rester attachés s’ils ne veulent pas que leur foi soit tout bonnement dénuée de sens et inutile : « Christ est mort pour nos péchés, comme l’avaient annoncé les Ecritures ; il a été mis au tombeau et il est revenu à la vie le troisième jour, comme l’avaient annoncé les Ecritures. » Ensuite il énumère les noms et les nombres de tous ceux par qui Jésus a été vu après sa mort : Pierre, Jacques, les apôtres, et même plus de 500 frères en même temps. Il est important de traduire que Jésus ‘a été vu’ plutôt que ’il est apparu’ car ce qui importe c’est que Jésus ait été vu par des yeux d’homme. Paul, dans un premier temps, rappelle donc ce qu’on appellera, avec prudence, les ‘preuves’ de la résurrection de Jésus : la ‘preuve’ par les Ecritures, et la ‘preuve’ par témoins oculaires. Sur cette 1ère partie de la démonstration on peut faire les remarques suivantes : 1°/ La foi s’est répandue, l’Eglise s’est édifiée, parce que des témoins, dont lui-même, Paul, ont dit ‘avoir vu’ le Christ ressuscité. 2°/ Paul a pris soin de se référer à des personnages nombreux parmi lesquels certains sont considérés, notamment à Corinthe, comme des opposants ou des rivaux de Paul : Pierre ou Jacques, par exemple (souvenez-vous : « Moi je suis de Paul ; et moi d’Apollos ; et moi de Pierre … »). 3°/ S’il n’y avait eu qu’un seul témoin du Ressuscité, ou s’il n’y avait eu qu’une seule apparition, on pourrait songer à une hallucination personnelle, à une vision intérieure, ou à l’effet d’une imagination mystique débridée. Ce n’est plus crédible quand tant de témoins différents, appartenant à des ‘écoles’ théologiques différentes, ont vu le Ressuscité, successivement, et dans des circonstances fort diverses. Il y a donc eu des ‘apparitions’ objectives du Christ. Un mystique c’est possible, un visionnaire c’est encore possible, douze à la fois c’est encore, à la rigueur, du domaine du pensable ; mais pas avec 500 et quelques frères, et au moins six apparitions successives. Ou alors la toute première Eglise était un asile de fous ! 4°/ Reconnaissons cependant que Jésus ressuscité ne ‘se fait voir’ qu’à des croyants, ou a des gens qui se disposaient à croire, et que cela est de nature à accréditer l’hypothèse que c’est la foi elle-même qui aurait engendré une sorte de témoignage intérieur, d’intime conviction d’ ‘avoir vu’.
Outre que le caractère collectif de certaines apparitions rend cette hypothèse peu crédible, et qu’il n’est dit nulle part que seuls des croyants y avaient droit, remarquons avec quel soin Paul s’applique à l’écarter en répétant d’une manière lancinante : « Il a été vu … il a été vu … », 4 fois en 4 versets ! En tout cas, il est permis de penser qu’avec ces apparitions ‘ciblées’ le Christ n’a pas voulu se servir de sa résurrection de manière spectaculaire et contraignante, mais simplement voulu convaincre ceux qui croyaient déjà, ou étaient prêts à croire. La foi est donnée, certes, mais non imposée ; et sa valeur réside aussi en ce que le croyant contribue lui-même à son éclosion et à son édification, de sa propre volonté, et en toute liberté. 5°/ Mais ne perdons pas de vue une exception : le cas de Paul lui-même ! Qui était-il donc ce témoin de la résurrection, cet apôtre ‘indigne d’être appelé apôtre’, et que faisait-il à l’époque ou les disciples, eux, faisaient l’expérience des apparitions de leur Maître ressuscité ? C’était un jeune juif orthodoxe, pur et dur, serviteur zélé et scrupuleux de la Loi et de la religion de ses ancêtres. Aujourd’hui on le dirait sans doute intégriste, croyant fanatique, non en l’Evangile mais en la pure et sainte doctrine de la synagogue. Témoin, oui, mais d’abord de la lapidation d’Etienne. Pharisien, furieux de la prolifération de la secte des partisans de Jésus de Nazareth, l’imposteur, qui avait osé prétendre être le Messie. Saul de Tarse (tel était alors son nom) mandaté par les autorités religieuses de Jérusalem, avait pris la tête d’une terrible inquisition contre les chrétiens, notamment contre ceux qui avaient fui la Judée et s’étaient réfugiés à Damas. Paul entendait y procéder à une véritable épuration théologique. Exception donc, cet incroyant, farouche persécuteur de l’Eglise, que tout sépare de Jésus et de sa doctrine, va à son tour, et bien malgré lui, être témoin du Ressuscité, contraint de le voir et de l’entendre. C’est d’ailleurs ce qui va lui permettre de revendiquer le titre d’Apôtre. Il s’attendait à tout sauf à cela. Apôtre, certes, mais à la manière d’un ‘avorton’, c’est-à-dire d’un être né avant terme, à travers un arrachement douloureux et contre nature du sein maternel. En appliquant cette image à sa propre naissance spirituelle, Paul exprime bien l’évidence, cette fois vraiment contraignante, de la mystérieuse rencontre qui l’a arraché, subitement et brutalement, à son milieu et à ses convictions, pour changer radicalement le sens de toute sa vie. Or, il y a autre chose de remarquable dans cette rencontre de Paul avec le Ressuscité, c’est qu’elle se produit 18 mois après la Crucifixion et la Résurrection! C’est donc un événement qui n’appartient plus au cadre historique de l’existence terrestre de Jésus-Christ ; et c’est un aspect nouveau de la présence et de l’action de Jésus qui se manifeste, par-delà la mort, et par-delà les apparitions. Etrange télescopage de l’historique et du spirituel, qui fait craquer les cadres du temps et de l’espace marquant les limites et la finitude des hommes. C’est tout le mystère de la Résurrection du Christ, et de sa personne même ; de sa signification, dans sa présence réelle et permanente, tous les jours jusqu’à la fin du monde. Paul en est le témoin lucide dans sa propre vie. Du reste, l’apôtre assimile et identifie complètement cet événement personnel, postérieur aux autres, aux manifestations du Ressuscité pendant les 40 jours qui ont séparé le matin de Pâques de celui où le Christ a définitivement quitté la terre des hommes.
Dans les versets suivants Paul utilise une autre argumentation : le raisonnement, la logique ; son propos devient dialectique et a pour but de souligner l’incohérence et les contradictions de la thèse Corinthienne : « Si les morts ne doivent pas être ressuscités, le Christ n’a pas été ressuscité non plus … et ma prédication est vide, et votre foi aussi est vide ! ». Voici comment Calvin exprime cela (si on ne le cite pas cette année, quand le fera-t-on!) je cite : « Saint Paul dit à bon droit que l’Evangile sera anéanti, que l’espérance de salut sera vaine et frustratoire, si nous ne tenons ce point bien résolu : Christ est ressuscité des morts ! » Nombreux sont les commentaires sur ce passage. Je n’en ai retenu que deux : Le premier c’est à propos du faux témoignage à l’égard de Dieu dont se rendent coupables ceux qui prêchent la résurrection du Christ (ce que je fais en ce moment-même) tandis que ce serait faux s’il est vrai que les morts ne ressuscitent pas. Ceux-là sont donc des menteurs au nom de Dieu. Rappelons simplement que le faux témoignage est vigoureusement dénoncé et sévèrement jugé dans l’Ancien Testament. Il fait d’ailleurs l’objet du 9ième des 10 commandements : « Tu ne prononceras pas de faux témoignages ». D’après le livre des Proverbes le faux témoignage est « l’une des six choses que le Seigneur déteste et ne supporte absolument pas ». Quant à la peine encourue par le faux témoin démasqué, elle dépend évidemment de la gravité du mensonge et de ses conséquences. D’après Deut. 19/16 on lui infligeait la peine qu’il espérait voir appliquée à celui contre lequel il portait un faux témoignage … Alors, le témoignage contre Dieu !! Le deuxième commentaire concerne l’évocation des chrétiens morts ; de ceux qui sont ‘morts en Christ’, dans la foi au Christ. Leur foi ne leur aura tout simplement servi à rien, si ce n’est, de leur vivant, à supporter courageusement leur condition, et pour certains le martyre … A l’époque où Paul rédige sa lettre ils ne sont pas encore très nombreux ; mais songeons à toutes les générations de chrétiens qui se sont endormies dans la foi depuis 20 siècles … D’ailleurs, notre confession de foi préférée parle d’eux : « Je crois en Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, notre Seigneur, etc. il est descendu au séjour des morts, le 3ième jour il est ressuscité des morts, il est monté au ciel … il viendra de là pour juger les vivants et les morts … ». A quoi peut bien servir un jugement des morts si les morts sont irrémédiablement et définitivement morts ? Je vous le demande !! Que signifie cette mascarade si, de poussière ou de cendres qu’ils étaient devenus, les morts doivent en outre être réduits à rien, et retourner au vide absolu ? Cette 2ième partie culmine avec la sentence déjà citée : « Si nous avons mis notre espérance en Christ pour cette vie seulement nous sommes les plus pitoyables, ou les plus à plaindre, ou les plus malheureux, de tous les hommes ». Heureusement, le verset 20 vient nous tirer du cauchemar : « Mais maintenant Christ est ressuscité des morts ! ». Mais nous sommes déjà dans la 3ième partie de ce texte, dont nous ne retiendrons que les versets 28 à 32. Paul continue d’enfoncer le clou ; cette fois en tirant argument de la vanité et de l’inutilité de quelques aspects de la vie courante, de la vie ordinaire, si l’espérance chrétienne devait précisément s’arrêter aux limites de la vie terrestre. Il évoque d’abord « ceux qui se font baptiser pour les morts ». De quoi s’agit-il exactement ? On n’en sait rien ; c’est une énigme. Bien des explications ont été tentées . La plus ancienne et la plus simple, donc probablement la meilleure, consiste à penser que des Corinthiens se faisaient baptiser une deuxième fois, non pas pour eux mais pour des parents ou des amis, morts sans avoir été baptisés. De toute façon, ce n’est ni de la nature, ni de l’intention, ni de la justification de ce rite qu’il est question. Ce qui importe c’est la conclusion de Paul : s’il n’y a pas de résurrection des morts, ce rite, comme toute autre intention à l’égard des défunts, est inutile et dénué de sens. Autre exemple : Tous les dangers que l’on accepte de courir ; toutes les entreprises plus ou moins hasardeuses ou périlleuses dans lesquelles les hommes s’engagent, certains au risque de leur vie : à quoi bon ? Pour qui ? Pour quoi ? Si les morts ne ressuscitent pas …? Paul ne va pas plus loin dans l’énumération des vanités et des absurdités de ce monde si notre espérance doit s’arrêter aux limites de cette vie seulement. Mais sa flèche la plus aiguë, sa conclusion, toute d’amertume, de provocation et de cynisme, en dit suffisamment long : « Si les morts ne doivent pas ressusciter, mangeons et buvons, car demain nous serons morts ». L’apôtre n’est pas le seul ni le premier à nourrir cette pensée dans un contexte d’incrédulité. Le prophète Esaïe l’avait évoquée avant lui, pour en condamner impitoyablement les tenants. L’Ecclésiaste également, qui affirme à plusieurs reprises que s’il n’y a pas d’éternité pour l’âme, le plus sûr ici-bas est de manger et de boire. De même la philosophie grecque, athée ou épicurienne, et les sagesses païennes, exhortaient l’homme à profiter de ses jours terrestres. Paul, évidemment, veut montrer que, sans la résurrection des morts, on retombe dans ces sagesses humaines qui ne peuvent prôner que les joies de la table … avant le silence éternel. Il fustige l’athéisme qui se soûle d’illusions alors qu’il ne lui reste que trois vérités : le manger, le boire, et la mort ; la plus grande des trois étant la mort naturellement » ; ce que feu le roi Louis xv, lui, avait traduit, paraît-il, par la fameuse formule : « Après moi le déluge ! ». Oh ! Bien entendu, cela ne lève pas toutes nos questions ni ne résout tous nos problèmes. Chers Amis c’est ainsi : il nous faudra faire avec jusqu’au bout ! Mais c’est ce qui donne son prix à notre foi. Jésus n’a-t-il pas dit : « Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu ». De la part du Christ je ne pense pas qu’il s’agissait simplement d’une ‘petite phrase’ pour épater ses auditeurs, en l’occurrence les disciples. Au reste, on serait presque reconnaissant à Paul de ne pas en avoir dit plus. Nous a-t-il livré le fond de sa pensée ? Qu’en est-il, en regard du refus de croire en la résurrection des morts, des valeurs et des actes qu’il n’a pas évoqués dans son discours ? Qu’en est-il de la piété, de la prière, du culte, de l’obéissance aux commandements, de l’amour, donné et reçu ? Quant à ce dernier, l’Apôtre a heureusement dit par avance ce qu’il en pensait, au chapitre 13 de cette même lettre aux mêmes Corinthiens : « Maintenant ces trois choses demeurent : la foi, l’espérance et l’amour ; mais la plus grande des trois est l’amour » … qui lui ne meurt jamais ». Bien sûr, puisque c’est par amour que Christ est venu parmi nous, a été crucifié, est mort, et est ressuscité des morts ; puisque c’est son amour qui nous sauve, si nous y croyons ; puisque c’est son amour qui nous ressuscitera ; puisque c’est à son amour que les morts devront leur résurrection. Amen