Prédication du dimanche 24 mai 2009 par Jean Liets
Texte : Matthieu 3,1-8 et 11-17 - version imprimable (pdf, 28 ko)
Chers Amis, je vous regarde ; j’évalue la moyenne d’âge de notre assemblée ; et je me dis que je peux vous poser les 3 questions que j’avais préparées :
1°/ Vous souvenez-vous de votre baptême ?
2°/ Aujourd’hui, pensez-vous avoir compris tout le sens de votre baptême ?
3°/ Estimez-vous que votre façon de vivre est conforme au sens, aux engagements, et aux implications de votre baptême ?
Ces questions étant posées, soit, comme ce serait logique, je vous permets d’y répondre ; soit je commence par y répondre moi-même,
pour ce qui me concerne, puisque, en tant que membre de notre communauté, je me les suis posées aussi à moi-même.
Dans le premier cas, certains vont penser que je profite de ma position d’officiant pour leur poser des questions embarrassantes auxquelles j’entends bien me soustraire moi-même.
Dans le second cas, je coupe court à ce perfide soupçon. Mais cela m’oblige à vous parler de moi, ce qui n’est pas très courtois, mais surtout ne sied pas à un prédicateur.
Je pense quand-même, essentiellement pour des raisons de commodité, que la seconde formule est préférable ; d’autant que nous pourrons à loisir poursuivre la réflexion ultérieurement, sous une autre forme que le culte, permettant à chacun de s’exprimer autant qu’il le souhaite.
Je vais donc vous parler un peu de moi, le moins possible. De toute façon c’est pour une bonne cause.
Ainsi, à la première question je réponds NON ! Non, je ne me souviens pas de mon baptême, et pourtant j’avais 8 ans quand je l’ai reçu.
A la deuxième question, bien que n’étant pas Normand, je répondrai que je ne suis pas certain d’avoir pleinement saisi le sens de mon baptême ; que j’y ai beaucoup travaillé ; que je pense avoir bien progressé, et même avoir fait un pas de plus en préparant ce culte ; mais que je ne connais pas la distance qui me sépare encore du but, ni ne sais si je l’aurai atteint avant le terme de ma vie.
Mais la troisième question est sans conteste la plus embarrassante.
Ayant reçu le baptême, ai-je vécu ensuite, et vive-je maintenant, en conformité avec le sens et les engagements de mon baptême ?
Il y a d’abord toute cette partie de ma jeune existence durant laquelle je n’avais pas encore compris ce qu’il signifiait, et où cela ne me préoccupait pas le moins du monde. Le Baptême m’est longtemps apparu comme un acte symbolique, une sorte de rite traditionnel, ce qu’il est en effet, au respect duquel semblaient tenir mes parents, et par lequel j’étais simplement, mais officiellement, reçu dans l’Eglise.
Bon ! Et alors ? Franchement je n’avais pas la moindre conscience, pour autant qu’il m’en souvienne, que cela m’engageait en quoi que ce soit à l’égard de qui que ce soit. J’avais 8 ans. Et c’est dans les mêmes dispositions d’esprit que je condescendais à recevoir, à l’école du dimanche, avec une assiduité et un intérêt très relatifs, et toujours pour faire plaisir à maman, l’enseignement du vieux pasteur qui s’efforçait, dimanche après dimanche, d’ouvrir l’esprit de 5 ou 6 gamins turbulents à l’Evangile, et de leur inculquer laborieusement quelques bribes d’Ancien et de Nouveau Testament.
Nous n’avons en effet, je crois, jamais été plus de 5 ou 6 sur les grands bancs de bois ciré du vieux temple vide ; en général 3 ou 4 ; et parfois seulement deux. Le bon pasteur nous prenait d’abord individuellement, l’un après l’autre, afin d’adapter son enseignement à l’âge et au niveau de chacun. Et pendant qu’il ‘entreprenait’ l’un d’entre nous, les autres se racontaient ce qu’ils avaient vu au cinéma durant la semaine, ou se livraient à mille et une facéties.
Et pour être tout à fait franc, je ne garde guère plus de souvenir de ma ‘première communion’, comme on disait à l’époque, que de mon baptême ; c’était pourtant quelques années plus tard.
Il est vrai que je n’ai pas été doté par la nature d’une excellente mémoire, ni même d’une bonne ; mais s’agissant d’événements de ce genre, c’est quand-même surprenant de n’en avoir pas conservé le moindre souvenir.
Au sujet des carences de la mémoire, il est un facteur négatif déterminant, selon les neurologues et les psychiatres : l’intérêt que l’on a porté, ou non, à la chose dont nous nous souvenons, ou pas. Moins vous êtes intéressé par ce qui se passe, par ce que vous entendez, ou par ce que vous voyez, moins le souvenir que vous en garderez sera clair, précis, complet. C’est vous dire combien j’étais captivé par mon baptême et ma première invitation au repas du Seigneur !
Je vous avais prévenus que je serais obligé de vous parler de moi. Mais si je vous dis tout cela, ce n’est pas pour vous raconter ma vie, mais simplement pour témoigner que quand la graine de la Parole a été semée, elle germe, s’enracine, et donne du fruit, pour peu qu’elle soit tombée dans une terre pas trop mauvaise. Et nul ne peut dire comment cela se passe, ni combien de temps s’écoulera entre les semailles et la moisson. Ce que je peux dire, pour clore ce témoignage, c’est que sur les 5 ou 6 garnements dont j’ai parlé, deux, au moins, sont devenus prédicateurs laïcs, l’un d’eux étant en outre président de conseil presbytéral, et l’autre vice-président d’un centre œcuménique.
Mais revenons au baptême. Si je n’ai aucun souvenir du mien, j’ai par contre le souvenir précis des circonstances dans lesquelles j’ai enfin pris conscience de sa signification. C’est quand, devenu adulte, époux, et père pour la première fois, s’est posée la question du baptême de notre premier enfant, et plus précisément la question suivante : fallait-il le baptiser bébé, ou petit enfant, ou n’appeler sur elle (car c’était une fille) que la bénédiction du Seigneur, lui laissant le choix, la liberté, et la responsabilité, de demander elle-même le baptême, plus tard, en conscience, une fois instruite de ce qu’il est, signifie, et exige.
Rassurez-vous, je ne vais pas rouvrir ici, ce matin, la controverse sur la légitimité du baptême des petits enfants, qui fut si vive, dans les années cinquante, qu’elle aurait pu coûter à l’ERF son unité, si l’Esprit ne lui avait pas donné la sagesse de ne pas vouloir imposer une vérité qu’elle ne connaissait pas, et ne lui appartenait pas.
Si j’évoque ces circonstances, c’est parce que, lorsque nous avons eu à faire ce choix difficile, au tout début des années soixante, les soubresauts de la polémique étaient à peine retombés et les esprits à peine calmés. Nous étions alors trop jeunes, dans l’Eglise et dans la foi, pour avoir pu y prendre part ; mais, motivés par le choix à faire, c’est d’abord avec curiosité, puis intérêt, et finalement passion, que nous avons pris connaissance des débats, commentaires, rapports et résolutions qui aboutirent, au synode national de 1951, au Chambon-sur-Lignon, à la légitimation et à l’authentification, tant du baptême des petits enfants que de leur bénédiction suivie du baptême d’adulte. Oui !
Admirable et réjouissante sagesse de l’Eglise d’aujourd’hui qui, s’inspirant des Ecritures, évita la catastrophe, tout comme celle de Jérusalem, au tout début, l’a évitée lors de la polémique entre Pierre et Jacques d’une part, Paul et Barnabé d’autre part, au sujet de la circoncision des païens nouveaux convertis. Et la circoncision, à l’époque, n’était pas d’une importance moindre que celle du baptême aujourd’hui, tant s’en faut ! Les synodes suivants de l’Eglise n’ont malheureusement pas toujours témoigné, au cours de son histoire, de la même sagesse et du même amour fraternel que ceux des Pierre, Paul, Jacques et Barnabé !
Notre choix étant fait, et notre décision prise, nous avons tourné la page du baptême et sommes passés à d’autres préoccupations, plus ‘terre à terre’.
A partir de là, difficile de dire si j’ai vécu conformément au sens et aux exigences de mon baptême. J’ai envie de dire, pour m’en sortir :’tant bien que mal’, selon les évènements, les circonstances, et mes états d’âme. Dieu ne nous demande pas, je présume, de nous souvenir de notre baptême à chaque instant ni à tout propos. Cependant j’ai bien souvent rouvert cette page du baptême, ne serait-ce qu’à chaque fois que l’Eglise m’a offert d’être témoin d’un baptême, ou d’entendre une prédication à son sujet ; autant d’occasions qui nous conduisent à nous réapproprier et à réaffirmer les engagements de notre propre baptême.
Mais cela va beaucoup plus loin. A vrai dire, nous évoquons et nous remémorons notre baptême bien plus souvent que nous ne pensons :
- Quand je viens au culte, j’assume mon baptême et m’en réclame.
- Quand je participe à une réunion d’étude biblique ou de prière, j’assume mon baptême et m’en réclame.
- Quand je contribue aux activités et à la vie du Centre Œcuménique j’assume mon baptême et m’en réclame.
- Quand je lis ma bible ou récite le ‘Notre Père’, j’assume mon baptême et m’en réclame.
- A chaque fois que je dis une parole, que je fais un geste, que j’adopte une attitude, que j’entreprends une action, qui exprime ou manifeste que je suis membre de l’Eglise de Jésus-Christ, j’assume mon baptême et m’en réclame.
Mais il ne s’agit pas ce matin de faire un cours de catéchisme sur le baptême. Antoine
Nouis l’a fait excellemment. Si vous voulez réviser le vôtre, je vous renvoie à son ‘Catéchisme protestant’, et vous le recommande chaleureusement. Ce qui m’importait aujourd’hui, c’est que nous nous souvenions qu’être baptisé c’est d’abord, simplement, avoir voulu devenir membre de l’Eglise de Jésus-Christ, l’avoir demandé, l’avoir obtenu, et être reconnu comme tel.
Trente ans plus tard, j’étais amené à revenir à la page du baptême, et pour m’y replonger presque aussi profondément que dans les années 60.
J’apprenais en effet, par un document de préparation aux synodes régionaux de 1994, et au synode national de 1995, que l’ERF se préparait à modifier sa discipline, non pas à propos du baptême, mais de la définition du ‘membre d’Eglise’.
On y apprenait qu’en raison d’un phénomène, sans doute pas nouveau mais qui se développait, l’application de l’article 1er de la discipline de l’Eglise, portant définition du membre d’Eglise, devenait de plus en plus problématique. Ce phénomène, c’était le nombre croissant, dans les foyers mixtes, de conjoints non protestants qui souhaitaient participer à la vie de l’Eglise de leur conjoint, voire y entrer, ce que ne permettait pas le texte en vigueur. On apprenait également que les parcours spirituels conduisant à la foi se diversifiaient, étaient de moins en moins traditionnels et conformistes, empruntaient de plus en plus souvent des voies détournées. On devenait protestant beaucoup moins par héritage spirituel familial que par d’autres itinéraires et pour d’autres motivations
Bref ! Il fallait trouver une solution permettant d’accueillir dans l’Eglise ce nouveau type de convertis qui n’étaient pas passés par l’école biblique ni le catéchisme réformés. La solution fut trouvée : il n’y avait qu’à modifier la définition du ‘membre d’Eglise’ en disant que pour être membre de l’ Eglise Réformée de France il suffit de reconnaître que ‘Jésus-Christ est le Seigneur’. Aucune autre condition ne serait imposée. Et celles, antérieures, relatives au baptême et à la Sainte Cène seraient levées. L’Eglise se contenterait ‘d’appeler’ son nouveau membre ‘à approfondir sa foi, à recevoir le baptême s’il ne lui avait pas déjà été donné, et à participer à la Sainte Cène’.
C’est ce qui advint, naturellement dans les règles, avec réflexion, rapport, débats, résolutions et vote.
Je ne vais pas davantage rouvrir la controverse sur la définition du membre d’Eglise que je ne l’ai fait pour le baptême des petits enfants. Je voudrais simplement dire que cette décision fut pour moi comme une contestation, sinon un désaveu, de la conception et de la compréhension que j’avais jusque là du baptême, et que j’en ai été réellement affecté. Ainsi, après tant d’années, tant de méditation et de prière, on pouvait encore être dans l’erreur, même partiellement, au sujet du baptême ? Je me suis donc remis en question ; et le résultat est … que je n’ai pas changé d’avis, et que je reste aujourd’hui, sur ce point, en désaccord avec mon Eglise.
Que l’on puisse accéder à la foi sans nécessairement passer par la case baptême c’est évident, et l’on doit s’en réjouir. Que l’Eglise en tienne compte et veuille, en leur faisant confiance, accueillir de nouveaux convertis ‘sans papier’, entendez par là sans certificat de baptême, on doit encore s’en réjouir. Qui pourrait reprocher à l’Eglise d’être ouverte, accueillante, généreuse ? Mais ensuite ? Que se passe-t-il ? Que devrait-il se passer ? Le nouveau texte de la discipline n’en souffle mot, et laisse donc les églises locales se débrouiller au cas par cas, en fonction de leur contexte et de leur conjoncture propres. Et donc, si l’on s’en tient à la lettre, le fait est qu’on peut devenir et rester membre de l’ERF toute sa vie sans jamais avoir été baptisé. Car l’Eglise ‘appelle à’, mais ‘n’exige’ rien.
On peut bien sûr objecter que le cas ne saurait être que rarissime, voire qu’il ne se produira jamais, ou que, finalement, ce n’est pas si grave que cela … Il reste que le sens et le rôle du baptême s’en trouvent, selon moi, affaiblis, dévalorisés, sinon dénaturés par le nouveau texte.
Pourtant, le Seigneur avait bien dit : « Allez, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit » ?
Ainsi le Christ, le chef de l’Eglise, ordonne à celle-ci de baptiser ; mais elle, se contente 'd’appeler à demander le baptême', sans se préoccuper de savoir si son appel a été suivi d’effet. Et quand Jésus dit, en Marc 16 : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé … » ne laisse-t-il pas entendre que le baptême est indissociable de l’acte de foi … quoi qu’on puisse penser par ailleurs du baptême en tant que signe efficace, ou que signe tout court ? Sans revenir au temps où l’Eglise triomphante baptisait de force les barbares vaincus, n’y aurait-il pas là un décalage regrettable entre le texte biblique et le texte de la discipline ? Au temps de la première Eglise aussi, celle de Jérusalem que j’évoquais tout à l’heure, les païens convertis étaient accueillis dans l’Eglise sans avoir été … circoncis, mais ils étaient presque immédiatement baptisés !
Le baptême donné par Jean-Baptiste dans les eaux du Jourdain, comme celui donné par les apôtres dans l’Esprit Saint, impliquent une confession de foi et des engagements. Et s’il n’est plus obligatoire, que deviennent les engagements qui en découlent, et qui en sera témoin ?
A ce point de mon questionnement, que puis-je dire à Marie à propos du baptême qu’elle va recevoir dimanche prochain ?
Remarquez, elle ne m’a encore rien demandé ; et je fais confiance à ses éducateurs spirituels pour lui en avoir doctement et justement parlé. De toute façon, à 15 ans et demi, elle ne peut qu’en savoir plus et être plus motivée que moi ! Quand-même, 15 ans et demi, c’est jeune en regard d’un symbole aussi fort et chargé de sens que le baptême !
Eh bien je commencerai par écouter sa confession de foi personnelle ; et à partir de là je trouverai peut-être le moyen de lui en faire dire davantage sur sa motivation.
Ce qu’en tout cas j’aimerais pouvoir lui faire comprendre, le cas échéant, si besoin était, c’est qu’il n’est nullement besoin d’avoir tout compris du baptême pour le recevoir, parce qu’il est avant tout un acte de foi, de confiance. Si je crois que 'Jésus est le Seigneur', et si je veux sincèrement essayer de le suivre, et m’efforcer de vivre selon son enseignement, alors je dois commencer par ce que Jésus lui-même a fait au tout début de son ministère : son 1er geste d’envoyé de Dieu, son 1er acte de Fils de Dieu, la 1ère manifestation de l’incarnation, être baptisé.
Je dirais encore à ma petite fille que le baptême a plusieurs significations qui sont autant de raisons de demander le baptême ; des significations qui donnent souvent lieu à de savantes controverses au sein-même des Eglises, depuis qu’il a été institué par Jésus, mais qu’en fin de compte c’est l’Evangile tout entier et lui seul qui explique parfaitement et complètement le baptême.
Je lui dirais enfin qu’en réalité une seule raison est suffisante pour être baptisé, une raison qui ne relève d’aucune théologie ni d’aucune disposition spirituelle particulière :Jésus a voulu, demandé et reçu, le baptême. Avec le baptême, il a reçu l’Esprit Saint, et l’attestation qu’il est Fils de Dieu. C’est ce même baptême et ce même Esprit qu’ont reçu, après lui, à partir de la 1ère Pentecôte, tous ceux qui ont cru en lui et ont voulu témoigner de leur foi en lui.
Ayant ainsi reçu un seul et même Esprit, ils forment un seul corps, l’Eglise, auquel tu appartiens désormais toi aussi, par ton baptême. Ce corps n’est ni une association, ni un club, ni un parti, ni un syndicat, ni une confrérie, mais une communauté d’amis où l’on s’aime, et où l’on est libre tout en étant solidaires les uns des autres par l’ amour ; un amour qui a ceci de particulier : il vient de Dieu.
Tout le reste tu l’apprendras, le comprendras, et à ton tour le transmettras, tout au long de ta vie de membre de l’Eglise, de disciple de J-C. car tu as été choisie pour cela. Ne crois pas en effet que tu aies choisi de suivre le Christ. C’est lui qui t’a choisie. Ne le déçois pas.
Amen