L'épitre de Jacques attribuée généralement au frère de Jésus, ne semble pas avoir la faveur des prédicateurs de nos Églises, sans doute
en raison du fait qu'elle ne contient pas d'exposés doctrinaux comparables à ceux qui font l'attrait des écrits de l'apôtre Paul et qu'elle
est peut être un peu trop moralisatrice.
Rejetée par LUTHER en raison probablement de son plaidoyer en faveur du salut par les œuvres, elle ne prendra sa place dans le nouveau
testament qu'au 4ème siècle. Elle offre cependant un enseignement moral conforme à celui de notre Seigneur Jésus Christ. Elle trouve
toute sa pertinence dans le contexte de crise mondiale actuelle dont souffre notre humanité lorsqu'elle stigmatise l'attitude des riches.
Jésus ne les a-t-il pas condamnés lui-même en maintes occasions ? « Nul ne peut servir deux maîtres ; vous ne pouvez servir Dieu et Mamon » ;
autrement dit l'argent.
Qui pourrait nier sérieusement que cette crise mondiale n'est pas due essentiellement à la fascination qu'exerce l'argent sur les grands
de ce monde, sur leur course effrénée pour toujours plus de profit, et à leurs actions spéculatives ? Qui pourrait nier également que la
poursuite de la richesse, du profit, nourrissent l'égoïsme, la sécheresse du cœur et l'indifférence au sort des plus faibles ?
Le dieu Mamon, émanation de l'action de Satan règne en maître sur l'humanité avec les conséquences que l'on connaît, et corrompt tous
les milieux, le sport, la politique, l'industrie, les milieux de la banque et de la finance. Les riches sont de plus en plus riches et
les pauvres s'enfoncent de plus en plus dans la précarité. Les délocalisations injustifiées et les licenciements abusifs des travailleurs,
pour permettre aux présidents des grands groupes industriels de réaliser encore plus de profit, ruinent notre pays et compromettent l'avenir
de notre industrie. Aussi ,le choix de proposer l'épître de Jacques à la lecture des Chrétiens dans la série œcuménique cette année tombe
à point nommé pour nous inciter à réfléchir sur le devenir de notre pauvre humanité et ce que nous pouvons faire pour elle, nous qui nous
prétendons Chrétiens. Comme nous le savons, la justification de l'homme par la Foi, indissociable de la Grâce, et chère à LUTHER, est
un de~ piliers sur lesquels reposent nos convictions. A ceux qui ne réussissent pas à se justifier devant les hommes par ce qu'ils font,
l'assurance leur est donnée que ,devant Dieu ils ne seront pas valorisés par leurs actes mais par leur confiance dans la personne du
Christ. Cependant, nous le savons bien, le doute accompagne la Foi, et ceux qui prétendent avoir une foi inébranlable font preuve d'une
prétention excessive et ne sont pas entièrement sincères; c'est pourquoi nous espérons en la Grâce divine et en l'infinie miséricorde de
Dieu.
La Foi véritable est l'œuvre de la Parole de Dieu qui s'est enracinée en nous et qui nous pousse à agir pour le triomphe de la justice.
Jacques pressent, subodore, qu'il y a une foi différente, une caricature de la Foi, qui en a les apparences, mais qui est une Foi vide,
une Foi qui n'est pas restée enracinée dans la Parole vivifiante de Dieu. C'est une Foi morte, sans souffle, une Foi qui refuse de
s'engager au secours des plus faibles et qui ne prend pas de risque.
Pour Jacques, cette communauté qu'il veut secouer et réveiller est une assemblée morte, sans souffle, sans audace, sans vie. Pour Lui,
une telle Foi ne sauve pas. Croire en Jésus Christ c'est se tourner vers la Parole de Dieu pour découvrir, discerner, ce que le Seigneur
veut nous dire et attend de nous.
Pour Jacques, confesser sa Foi en Jésus Christ c'est être prêt à suivre la Parole du Maître quoi qu'il nous en coûte. Une Foi qui ne
nous engage pas à l'action en faveur des plus faibles est une Foi vide et morte.
Jacques estime qu'une Foi vivante est celle qui porte les fruits de la charité de l'action d'entraide; en bref, qui se concrétise par
les œuvres. Il ne pense pas pour autant, acheter les faveurs de Dieu. On ne marchande pas avec Lui! sa Grâce est gratuite et l'on
n'acquiert pas des indulgences, plénières ou autres, par des démarches de Foi, des processions, des pèlerinages, des offrandes,
comme on le pensait au 16ème siècle avant la Réforme.
Sans jamais identifier la Foi aux œuvres, Jacques insiste pour une Foi qui s'accomplit dans les œuvres.
L'apôtre Paul lui-même, estime que les œuvres sont les fruits que la Foi doit produire, c'est ce qu'il exprime dans Romains 2,
versets 5 & 6, en parlant de « juste jugement de Dieu qui rendra à chacun selon ses œuvres ».
Ainsi, Paul et Jacques reconnaissent que les œuvres sont les signes qui authentifient une Foi vivante et véritable.
Le plaidoyer de Jacques, pour vivre une Foi vivante, dynamique, tournée vers l'amour du prochain et la charité répond aux nécessités
de la société actuelle où les détresses, la désespérance, l'extrême dénuement frappent de plus en plus d'hommes et de femmes à travers
le monde. Resterons nous insensibles à toutes ces détresses, nous qui prétendons être fidèles à l'enseignement de l'Évangile ?
Il est facile d'assister au culte chaque dimanche et d'écouter une bonne parole édifiante. Il est plus difficile de la mettre en
pratique. La foi véritable n'est pas un chemin tranquille pour aller à la rencontre de nos Frères dans la désespérance et la détresse.
C'est cependant un acte de foi qu'il faut accomplir au jour le jour.
En faisant confiance à la Divine Providence, elle peut faire de nos petits gestes de solidarité une abondante moisson.
Jacques, avec un humour grinçant, évoquant un frère ou une sœur n'ayant rien à se mettre et pas de quoi manger tous les jours condamne
celui qui lui adresserait cette manière de bénédiction « allez en paix, mettez vous au chaud, et bon appétit », sans faire un geste
de solidarité ou d'aide pour cette personne. Gardons nous d'utiliser une formule semblable pour s'affranchir de nos obligations
morales: « allez en paix, mettez vous au chaud et surtout laissez moi tranquille». Le Seigneur nous invite aujourd'hui à agir pour
que cette humanité sorte de l'immoralité, de la cupidité, du triomphe de l'injustice. J'en suis persuadé, seule la fidélité des
Chrétiens à la loi d'amour enseignée par Jésus Christ peut sauver le monde du chaos et de la ruine. Sachons répondre à son appel.
AMEN