Prédication du dimanche 18 octobre 2009 par Philippe Clément
Texte : Marc 10, 35-45 (Les fils de Zébédée)
Décidément les disciples ne comprennent rien.
Déjà sur le chemin de Capharnaüm Ils avaient rêvé de gloire dès leur arrivée triomphale à Jérusalem en qualité de compagnons de celui qui deviendrait le roi d’Israël.
Ensuite ils s’étaient disputés pour savoir qui parmi eux serait le plus grand.
Et maintenant paroxysme de l’inconscience, juste au moment ou Jésus vient de leur parler de souffrance, de Supplice et de mort Jacques et Jean, les fils de Zébédée, tentent leur chance pour se placer mieux que leurs petits camarades lorsque Jésus sera dans sa gloire.
Il n’en fallait pas moins pour s’attirer une sévère réprimande de Jésus
Ne vous préoccupez pas de la place que vous occuperez dans le Royaume, ce n’est pas votre affaire, c’est l’affaire de mon père et même moi je ne sais pas quelle place Il a décidé d’attribuer à chacun.
C’est, au passage, un des textes sur lequel Calvin a bâti sa théorie de la prédestination, qui si elle nous parait choquante aujourd’hui, était probablement nécessaire aux réformés de l’époque à qui le pape prédisait la damnation pour s’être séparés de l’église catholique.
Les autres disciples vont réagir. Sont ils choqués parce que la requête des fils de Zébédée met leur propre place en péril ou parce qu’elle leur parait déplacée.
Le texte ne nous permet pas de deviner si leur indignation est intéressée ou vertueuse.
Quoi qu’il en soit leur réaction donne à Jésus l’occasion d’expliciter à nouveau ce qu’Il attend d’eux et de nous.
Vous êtes sur le mauvais chemin, vous réagissez comme ces puissants qui croient dominer le monde, qui sont conduits par leur soif de puissance, qui n’accumulent pas de trésor dans le ciel, mais sur terre ou tout de toute façon est appelé à disparaitre .
Le seul chemin véritable est de servir son prochain.
En séparant les deux mondes, celui de ceux qui s’escriment à trouver leur bonheur dans la satisfaction de leurs pulsions humaines, recherche de la gloire, de la puissance, de la richesse et celui de ceux qui ont conscience de la fragilité de ce bonheur Jésus nous ramène au problème qui est traité tout au long de la bible
Dieu a créé l’homme à son image.
Mais l’homme est devenu pêcheur, il s’est séparé de Dieu.
Il ne peut pas se sortir de son état de pêcheur.
Comment réconcilier Dieu et l’être humain
Pouvons nous faire quelque chose pour cette réconciliation
Sinon qui sera le Sauveur
Comment nous sauvera-t-Il ?
Avec cette troisième annonce de sa mort, Jésus veut nous indiquer le chemin de la réponse
Soyez serviteur les uns des autres comme moi qui ne suis pas venu pour régner sur l’humanité, mais pour servir l’humanité en donnant ma vie en rançon.
Rançon, un terme qui choque. Qui demande une rançon, Dieu le père, ou le Diable
Ce mot divise les chrétiens
Il y a ceux qui refusent cette notion de rançon qu’ils considèrent comme incompatible avec la qualité de Père de Jésus et des hommes.
Ils s’appuient pour cela sur des textes bibliques comme celui du prophète Michée qui nous dit au chapitre 6 verset 8
Le seigneur ne veut pas de sacrifice.
Il t’a fait connaitre o Humain ce qui était bon ;
Et ce que le Seigneur réclame de toi,
Si ce n’est que tu agisses selon l’équité,
Que tu aimes la fidélité
Et que tu marches modestement avec ton Dieu

Il y a ceux qui suivent l’apôtre Paul pour qui le sacrifice de Jésus est une nécessité évidente (Rom 3 v 22 à 25)
Dieu rend justes les êtres humains en Jésus Christ.
Il le fait pour tous ceux qui croient au Christ, parce qu’il n’y a pas de différence entre eux : tous ont péchés et tous sont privés de la gloire de Dieu
Mais dans sa bonté Dieu les rend justes gratuitement par Jésus Christ qui les libère du péché
Dieu l’a offert en sacrifice. Alors par sa mort Le Christ obtient le pardon des péchés pour ceux qui croient en lui

Contrairement aux apparences ces deux positions ne sont pas si éloignées l’une de l’autre. En tous cas elles se rejoignent sur l’affirmation : Sans la croix, librement acceptée par Jésus et sans la résurrection qui lui est associée, il n’y a pas de Christianisme.
En ce qui me concerne je me sens assez proche de l’interprétation donnée au 11ème siècle par un moine italien nommé Anselme, qui deviendra archevêque de Canterbury
Le mot grec utilisé par Marc pour ce mot de rançon « lutron » mot qui entre autres sens peut vouloir dire « la somme payée par un ami pour éviter au condamné la peine capitale »
En tant que pêcheur, je suis privé de la gloire de Dieu c'est-à-dire qu’étant séparé de Dieu je suis promis à la mort spirituelle si je ne paye pas la rançon de mon péché
Or empêtré dans ma nature humaine, je suis insolvable donc condamné
Mais Jésus me dit : ne te préoccupes pas de cela, J’ai déjà payé pour toi
Moi coupable je suis incapable de payer, mais Jésus innocent paye à ma place
Cela n’implique pas en soi un sens sacrificiel dans l’optique d’un sacrifice expiatoire
La générosité du Fils De l’Homme ne consiste pas à se charger, tel un bouc émissaire de la peine destinée à la multitude, mais à pourvoir libéralement, tel un ami généreux, au paiement du prix qu’exige l’acquittement de mon châtiment mérité
Jésus ne se substitue pas à la multitude pour se charger de sa condamnation comme si c’était lui désormais le coupable Il se substitue à elle pour prendre à son compte les frais qu’elle ne peut pas assumer elle-même afin de rendre possible pour elle l’acquittement
Le verset 25 de l’épitre de Paul se termine sur les mots « Pour ceux qui croient en lui »
Comment pouvons montrer que nous croyons en Jésus
La réponse de Jésus est simple, du moins dans son énoncé
Quiconque veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur
Devenir serviteur des autres ce n’est pas très gratifiant dans notre société mais servir les autres c’est suivre Jésus
Suivre Jésus, ce n’est pas facile, les disciples nous en ont montré la limite en abandonnant Jésus au mont des oliviers et à Gethsémané
Heureusement pour nous, notre époque est moins dangereuse pour les Chrétiens, au moins dans notre pays, et notre suivance de Jésus ne met pas notre vie en danger.
Il n’en reste pas moins que Jésus nous demande de servir les autres, plutôt que de penser constamment à notre propre confort matériel. Servir les autres c’est être disponibles quand les autres ont besoin de nous et non quand nous nous sommes disponibles pour les autres
Servir c’est donner de notre temps, de notre travail et de notre argent.
Aujourd’hui en ce culte d’offrande, c’est une bonne occasion de donner un signe de notre engagement dans la suivance de Jésus.
Vous connaissez la boutade : « Dans l’église tout est gratuit parce que les autres payent » Il est vrai que l’église est un des seuls endroits où l’on n’est pas valorisé par ce qu’on donne, mais par ce que l’on reçoit. Toutefois l’église est aussi l’endroit d’un partage matériel, où donner c’est rendre ce que l’on a reçu. Ce partage est finalement un geste spirituel ritualisé au moment du partage du pain et du vin et matérialisé par le partage de l’argent qui rend l’église capable d’accomplir son service autour de trois pôles : l’annonce de la parole au sein de l’église locale, la diaconie tournée vers ceux qui sont dans le besoin, le témoignage dans le monde
Frères et sœurs, au moment ou nous commençons une nouvelle ère, en construisant notre temple, nous nous devons de réfléchir à ce que sera pour nous le service des autres.
Certes nous construisons pour nous car nous avons besoin d’un endroit pour nous rassembler, pour nous fortifier à l’écoute de la parole, mais si nous nous limitons à un usage interne à la paroisse, nous courrons le risque d’avoir construit pour rien
Ce temple doit aussi devenir un point de contact pour tous ceux qui sont appelés à découvrir la bonne nouvelle ;
Il doit être le point d’appui à partir duquel nous pourrons développer nos actions de diaconie car si ce n’est pas la diaconie qui nous fait croire en la parole, une parole qui ne provoquerait pas la diaconie serait une parole morte.
Le service des autres et notamment des plus faibles est un signe de la parole reçue et acceptée
C’est là le service que Jésus attend de nous
Amen