Prédication du dimanche 7 février 2010 par le pasteur Pierre-André Schaechtelin (journée des vocations)
Texte : Jérémie 1, 1-10 - vocation à vivre ! - version imprimable (pdf, 19 ko)
Première question
La première question que j’aimerais poser avec vous à la lecture de ce récit de la vocation de Jérémie, c’est la suivante : en quoi sommes nous concernés par le récit d’une expérience tout à fait singulière, celle de Jérémie, à un moment particulier de l’histoire du peuple d’Israël ? Autrement dit, en quoi la vocation de Jérémie a-t-elle quelque chose à nous dire ?

Pour répondre à cette question j’aimerais dans un premier temps évoquer avec vous un souvenir personnel, ensuite je situerai Jérémie dans son contexte particulier, et je montrerai enfin que la vocation de Jérémie nous donne un enseignement atemporel, qui ne connaît donc pas les frontière du temps ni du reste celle de l’espace, autrement dit elle a quelque chose à nous dire ce matin.

Souvenir personnel
Dans un premier temps donc, un souvenir personnel.
J’étais jeune pasteur en Charente Maritime, et je m’occupais d’un groupe de jeunes qui se réunissait le samedi soir. J’ai invité un soir un collègue pasteur en congé dans cette paroisse, en lui demandant s’il voulait bien nous parler de sa vocation. Il accepte et le soir venu, je l’introduis auprès des jeunes en disant : Claude va donc ce soir nous parler de sa vocation. Il se tourne vivement vers moi, et avec une bonne pointe de sévérité, il démarre en disant : Je ne vais pas vous parler de ma vocation, je vais vous parler de celle de Dieu. J’ai mis un instant à réaliser qu’il voulait dire, et jusqu’à aujourd’hui où je vous parle j’ai réalisé que cette entrée en matière était la meilleures chose que j’ai jamais entendu sur le thème de la vocation. Si elle est avant tout vocation venant de Dieu, alors qui sommes-nous pour la limiter à certains ministères, ou à certaines époques de l’histoire ?
La vocation de Dieu
En effet, si je vous disais ce matin : je vais vous parler de ma vocation, je mettrais l’accent sur mon expérience personnelle, et en un sens pourquoi pas ? Mais vous seriez en droit de ma dire aussitôt, c’est très bien pour toi, mais nous ne sommes pas toi ! Nous ne sommes pas destinés à devenir pasteur. Là j’ouvre une parenthèse pour vous dire que moi non plus avant mes études en théologie, je n’étais pas destinés à être pasteur, alors méfiez vous de ce qui peut vous arriver !… J’ajoute que l’éventail de l’âge des pasteurs qui entrent dans le ministère pastoral s’étend aujourd’hui de 25 à 58 ans. Mais je referme cette parenthèse et je reviens à l’essentiel de ce que je disais, à savoir que si je mets l’accent sur ma vocation, je vais parler de mon expérience singulière, alors que si en effet je parle comme mon fameux collègue de la vocation de Dieu, là je mets au centre non pas le destinataire de la vocation, mais bien celui qui est à l’origine de toute vocation, de la vôtre comme de la mienne. Car la première vocation que Dieu nous adresse à tous, c’est la vocation à vivre, vivre à son service et au service les uns des autres, d’une manière ou d’une autre.
Se sentir invité
J’insiste là dessus : en mettant au centre du phénomène de la vocation celui qui en est la source, je peux alors dire quelque chose qui prétend concerner chaque être humain. Non pas quelques heureux élus sur la tête desquels on s’empresserait de tresser des couronnes voire de mettre une auréole, mais toute personne qui se sent invitée au plus profond d’elle même à se lever, qui se sent touchée au point de se mettre en route dans un projet confié par le seul visage de Dieu que nous connaissons, à savoir la personne de JC. Nous avons de cela un témoignage vibrant ce matin par la lecture qui nous a été faite de la parole de Dieu adressée à Jérémie. J’ouvre donc maintenant le deuxième volet que j’avais annoncé, à savoir la situation de Jérémie au moment où la parole de Dieu lui est adressée.
Situation de Jérémie
Jérémie est né aux environs de 650 avant JC. Il est issu d’une ville nommée Anatot, située au Nord de Jérusalem, dans la tribu de Benjamin. La Parole de Dieu lui est adressée à une période qui nous est précisée et qui se situe vers 630 avant JC, il avait donc 20 ans. Nous sommes donc à une trentaine d’années avant la déportation d’Israël à Babylone. Cette proximité d’avec la déportation de son peuple va rendre la tâche particulièrement difficile à Jérémie. Car cet homme, bien que jeune et sans grande expérience, va devoir transmettre un message profondément impopulaire à son propre peuple. La majorité de ce peuple en effet sent arriver contre lui le pouvoir de Babylone, et cherche à faire alliance avec d’autres peuples voisins, en particulier l’Egypte pour éviter une déportation à Babylone.
Un dur message
Quelle est la tâche confiée à Jérémie ? Il est chargé de dire à ses propres concitoyen que l’épreuve de la déportation est incontournable. Pourquoi ? parce que les infidélités d’Israël envers son Dieu sont telles que seule une déportation et une sorte de purification par l’épreuve à Babylone peuvent permettre plus tard de repartir sur de bonnes bases, et reconstruire son identité en repartant de rien ou du moins de pas grand chose. Jérémie va en effet avoir deux choses à dire : 1. L’exil par la déportation est nécessaire et 2. Cet exil prendra fin environ 70 ans plus tard et Israël aura une nouvelle chance de reconstruire sa vie. C’est pourquoi et je trouve cela touchant, au moment de lui confier sa tâche, le Seigneur dit à Jérémie : Je te donne en ce jour autorité pour déraciner, pour démolir, pour faire disparaître, pour raser… mais aussi pour bâtir et pour planter.
De Jérémie à notre vie
Ce récit de vocation peut sembler très spécifique à un homme, Jérémie. Comme promis toutefois, j’aimerais en souligner une chose qui me semble spécialement pertinente à entendre aujourd’hui par tous. Je crois qu’il y a une vocation de Dieu à chaque fois qu’une personne se sent invitée au plus profond d’elle-même à orienter sa vie d’une manière plutôt que d’une autre. Et c’est bien pour cela que la vocation fait peur : parce que c’est une expérience intime, qui nous oblige vous et moi à dire oui à une invitation qui surgit peu à peu dans notre vie.
Universalité de la vocation
Chaque fois que vous vous mettez en route vers plus de vie, plus de vérité, plus d’amour, vous répondez à une vocation qui n’est pas naturelle, qui est l’appel du Dieu vivant à vie nouvelle, à une dynamique nouvelle, à un amour renouvelé pour lui et pour votre prochain. C’est universelle la vocation, c’est par elle que les humains deviennent plus humains. Une fois cette universalité admise, la vocation peut prendre autant de formes que nous sommes de personnes différentes aujourd’hui. Croyez-moi, Dieu est riche en imagination. Sans vocation qui nous fasse vivre nous serions déjà terrassés mis au tapis. Alors les choses deviennent simples :
Vivons, Vivez, frères et sœur, c’est là notre vocation, ne la laissons pas tomber, mais donnons-lui une réponse agissante, amen !