Prédication du dimanche 13 juin 2010 par le pasteur Pierre-André Schaechtelin
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Contexte
Prédication Marc 4, 35 à 41
Introduction
Frères et sœurs, généralement, quand nous lisons ce récit, nous mettons l’accent sur l’apaisement de la tempête. Nous sommes du reste encouragés à cela par le titre que les éditeurs de nos Bibles donnent à cet épisode, à savoir « la tempête apaisée ». Ce matin, en pensant à notre journée orientée vers un nouveau projet pour notre paroisse, j’ai retenu ce qui me semble dans ce texte encore plus important que la tempête apaisée, à savoir l’exhortation que Jésus donne à ses disciples tout au début du récit, avant même la traversée et qui est la suivante : « passons sur l’autre rive ».

Dimension théologique de l’exhortation
J’aimerais d’abord que nous comprenions la dimension théologique de cette exhortation. Jésus qui dit à ses disciples : « passons sur l’autre rive », nous oriente vers une conception de la personne et de l’œuvre du Christ qui met l’accent sur le changement qu’il effectue tout au long de son ministère, et des déplacements que cela provoque chez ses disciples. Car Jésus est porteur d’un message qui n’a pas pour premier but de nous informer mais qui a pour but de nous transformer. Il ne s’agit pas seulement pour nous qui voulons être ses disciples d’en savoir toujours plus, mais de bouger, de nous interroger, de modifier quelque chose dans la ligne de notre vie. En un mot il s’agit pour nous aussi de nous demander au sujet de notre vie quotidienne en quoi nous sommes appelés à passer d’une rive sur une autre rive, d’une position existentielle à une autre position existentielle.

Trois choses qui nous rejoignent
Ceci dit, quand j’ai lu et relu cette parole de Jésus, j’ai pensé à trois choses qui nous rejoignent au moment où nous bientôt occuper un nouveau temple, de nouvelles salles de formation, et un nouveau presbytère.

1. Ce qui précède et ce qui suit
Je me suis intéressé à ce qui précède et à ce qui suit dans l’Evangile ce récit du passage d’une rive vers une autre rive. Ce qui précède ce passage dans l’Evangile selon Marc, c’est une série de discours de Jésus, principalement des paraboles, et ce qui suit le passage sur l’autre rive, ce ne sont plus des paroles mais des récits de guérison. Cela ne signifie pas que nous n’avons fait que parler jusqu’à maintenant et qu’enfin nous allons agir. Par contre ces deux faits qui encadrent la traversée nous disent que Dieu se manifeste tantôt par des paroles, tantôt par des actes, et que nous devons maintenir ensemble une théologie de la parole agissante, c’est à dire d’un message d’Evangile qui nous change, qui nous modifie et qui nous fasse pratiquer toujours mieux la parole de Dieu qui s’adressera à nous dans un autre lieu, avec d’autres défis, et avec des projets que nous devons inventer et imaginer ensemble.
Frères et sœurs, quelque chose nous attend, mais nous ne savons pas encore quoi. Nous avons à le découvrir, il va nous falloir écouter et accueillir et ce n’est pas le plus facile. Jésus nous en a ouvert le chemin, et c’est à nous de comprendre ensemble la direction qui nous sera indiquée à partir du nouveau lieu qui nous est confié.

D’un côté et de l’autre
La deuxième chose qui nous rejoint d’une manière je dirais humoristique quand Jésus dit « passons sur l’autre rive », c’est bien sûr le passage que notre paroisse va faire par dessus cette fameuse nationale 10. Ce qui est frappant dans le passage que fait Jésus d’une rive à l’autre, c’est la permanence de son message de délivrance. Que ce soit d’un côté ou de l’autre, Jésus rencontre des hommes et des femmes qui ont besoin de devenir plus humains, plus accueillants, plus libres les uns à l’égard des autres. Il n’y a pas un Evangile pour une rive et un autre Evangile pour l’autre rive. Il y a des manières différentes de travailler, certes, mais il y surtout une continuité de sa mission. Il est clair pour nous frères et sœurs qu’un temple tout neuf, que la proximité de la gare sur une rue passante, que la présence d’une cloche et plus tard d’un orgue, tout cela représente des changements de forme. Et c’est vrai aussi que des formes nouvelles influenceront aussi le contenu de notre mission.
Mais gardons toujours à l’esprit que nous sommes appelés à rester unis dans un même esprit. Nous serons témoins de la même bonne nouvelle qui consiste à faire de nous des hommes et des femmes libres et joyeux d’avoir confiés notre vie à un Dieu qui nous aime sans condition. Jésus ne dit pas : « Passez sur l’autre rive », mais il s’inclut dans ce passage et il dit bien : « passons ! sur l’autre rive. Les disciples de l’époque, et nous à leur suite, nous devons nous souvenir que le passage d’une rive à l’autre ne peut se faire qu’en comptant sur la présence et l’action de notre Seigneur. C’est lui qui non seulement a déjà aidé et soutenu toute l’élaboration du projet qui nous tient tant à cœur, mais c’est encore sur le souffle en nous de son Esprit que nous pouvons compter pour franchir bientôt ce passage d’une rive à l’autre.

Le nomadisme de Jésus
La troisième chose à laquelle j’ai pensé en lisant ce récit, c’est le caractère nomade du ministère de Jésus. Comme il le dit lui même : « Le fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête ». Cela signifie ne signifie pas que Jésus n’avait jamais de lit pour dormir, je vous rappelle que dans la barque Jésus s’est endormi sur un coussin, mais cela nous avertit que le lieu où se trouve Jésus est toujours un lieu provisoire. Jésus ne s’installe jamais d’une manière définitive là où il exerce son ministère. Comment ne pas penser à vous frères et sœurs qui pendant des années et je peux dire des décennies vous avez eu le sentiment d’être nomades et itinérants, célébrant le culte de lieu en lieu, rejoignant les uns et vous éloignant forcément des autres.
Vous avez été embarqués, vous avez parfois été ballottés au gré des vents qui ont soufflé et ce fut parfois des vents contraires qu’il a fallu braver, et vous l’avez fait. Et vous avez persévéré durant toutes ces années. Et maintenant une autre rive se dessine à l’horizon, l’embarcation de l’ERSQY va pouvoir y accoster. Le centre œcuménique nous a été d’un très grand secours, il a été comme un repère transitoire pour notre paroisse. Partir, a dit le poète, c’est mourir un peu, c’est vrai, mais c’est pour mieux revivre ailleurs et autrement, et franchir une nouvelle étape. En ceci nous pratiquons ce que j’appellerais une théologie de l’itinérance que notre Seigneur Jésus a tracés pour nous. Vous me direz peut-être que maintenant l’itinérance est terminée, avec notre projet immobilier.
Permettez moi de vous dire que non. Ce ne sera plus la même itinérance, mais il y aura itinérance quand même : Car quelque chose nous attend dans ce nouveau lieu, et dans ce nouveau quartier, mais nous ne savons pas encore quoi. Nous avons à le découvrir, nous avons comme je l’ai déjà dit à inventer, à proposer, à essayer, à échouer parfois et donc à recommencer. Ce n’est donc pas une sinécure qui nous attend dans notre temple, mais plutôt un chantier de vie paroissiale qui se prolongera bien au delà de la fin du chantier que nous avons visité ce matin. Car un lieu de culte n’est pas là pour nous maintenir tels que nous sommes comme des pièces de musée, mais il est là pour nous aider à entrer dans une dynamique nouvelle.

Conclusion
Je termine en insistant sur un point particulier qui me semble vrai dans n’importe quelle théologie chrétienne, c’est que pour le Christ et ensuite pour nous, le mouvement qui nous anime est toujours plus important que le point d’arrivée que nous visons. Le christ se caractérise par la transformation créatrice qu’il opère dans la vie de ses disciples. Notre vérité ne se trouve pas dans le souci de nous installer comme si nous étions pleinement entrés dans le royaume de Dieu. Notre vérité se trouve dans notre capacité à nous déplacer d’une rive vers l’autre rive. Jésus l’a fait, il nous a ouvert le chemin, il est le chemin, alors continuons la traversée, ce n’est pas le moment de nous arrêter.