Prédication du dimanche 12 septembre 2010 par Philippe Clément
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Luc 12 v 13 à 21 Le paysan riche
Frères et soeurs, de tout temps, le rapport de l’argent, de la richesse et des chrétiens a posé problème.
Des évangélistes c’est Luc qui en a le plus parlé. Au début de son évangile, il place le Magnificat,
le Cantique de Marie dans lequel Marie loue Dieu dans son chant pour le renversement des valeurs qui est la conséquence de la naissance de son fils.
Dieu rassasie de bien les affamés, Il renvoie les riches les mains vides
.
Au coeur de son évangile Luc placera la rencontre de Jésus avec deux personnes attachantes :
La rencontre avec le jeune homme riche, d’une grande perfection morale, mais qui n’arrive pas à faire le dernier pas pour suivre d’une façon totalement dégagée le Christ,
l’autre rencontre avec Zachée, le collecteur d’impôts, pas très net moralement, mais qui après sa rencontre avec Jésus,
décide de restituer au double tout ce qu’il avait volé, cette rencontre lui a permis de comprendre que la vraie richesse n’est pas l’enrichissement personnel,
mais le juste partage avec les autres.
.. C’est Luc encore qui dans les Actes des apôtres au chapitre 4, présente la nouvelle communauté chrétienne comme une communauté de prière,
mais aussi de mise en commun des biens matériels pour le bien de tous.
Il nous décrit ce que devrait être une société chrétienne idéale en ces termes « La multitude de ceux qui étaient devenus croyants n’avaient qu’un cœur et qu’une âme et nul ne considérait
comme sa propriété l’un quelconque de ses biens. »
C’est dans ce contexte qu’il nous faut entendre l’enseignement de Jésus sur la priorité que nous donnons aux valeurs matérielles.
Pourtant paradoxalement, vous ne trouverez nulle part dans la Bible, une condamnation de la richesse en elle même;
ni dans l’ancien testament qui présente la richesse matérielle comme une bénédiction divine,
ni dans les évangiles car Jésus et les évangélistes vivent avec en arrière fond cette pensée de L’ancien testament et ne condamnent que l’attitude malsaine que l’on peut avoir vis-à-vis de l’argent,
c'est-à-dire lui donner la priorité dans notre cœur.
Alors ou se situe le problème, théologiquement parlant : le péché, de notre riche propriétaire terrien ? de cet homme immensément riche,
qui a su faire fructifier son bien et qui forge des plans efficaces et avisés pour jouir de sa richesse mais qui pourtant va être traité d’insensé par Dieu car il n’a pas entendu ou compris,
ou voulu comprendre cette instruction de Jésus sur la bonne richesse que Luc nous rapporte quelqes versets plus loin
« Vendez ce que vous possédez et donnez le en aumône.
Faites vous des bourses inusables, un trésor inaltérable dans les cieux Là ni voleur ne vole, ni mite ne mange. ».
Ce qui est surprenant, c’est que son but dans notre parabole n’est pas l’avidité,
ce thème très d’actualité sera traité aussi par Jésus et exprimé d’une façon particulièrement nette dans l’épitre à Timothée au chapitre 6 v10
« Car l’amour de l’argent est racine de tous les maux.
Non son premier péché est de se croire pourvu jusqu'à la mort, ce qui va, du reste, se vérifier de façon macabre.
Il n’a plus de projet, de plan, plus de vision pour son avenir autre que celle de se reposer de son travail et de jouir de sa fortune,
ce qui est la négation même d’une vie chrétienne dont tout le sens réside,
dans cette bonne nouvelle que nous a apporté Jésus du don gratuit du salut pour peu que nous soyons prêt à l’accepter et à en répercuter les bienfaits vers les autres.
Deuxièmement,
le riche paysan est rendu sourd par sa richesse, il n’entend plus la parole de Dieu qui lui à promis d’être à ses cotés tous les jours de sa vie.
Il préfère faire confiance à ses biens ; c’est eux qu’il honore.
Luther dans son commentaire du premier commandement disait ;
qu’est ce que cela veut dire avoir un Dieu. ?
Réponse avoir un Dieu c’est avoir la certitude qu’auprès de lui on trouvera le nécessaire et le refuge dans tous les dangers ;
oui avoir un Dieu n’est pas autre chose que de lui faire confiance de tout coeur et d’avoir foi en lui, parce que foi et Dieu ne font qu’un.
Ce qui est cher à ton coeur et ce à quoi tu te fie c’est en fait ton Dieu..
Pour le riche paysan et aussi pour beaucoup d’entre nous la sécurité d’en l’avenir c’est l’argent et les biens.
Nous avons remplacé dans nos cœurs Dieu par Mammon qui est la pire des idoles.
Troisièmement le riche paysan est devenu aveugle, il ne voit plus les autres, il n’est même pas fait mention d’un entourage dans la parabole,
il est seul avec lui-même, il ne voit que sa propre image, la pensée que quelqu’un d’autre pourrait avoir besoin d’un peu de son argent ne l’effleure même pas.
L’autre ne joue aucun rôle dans sa vie sauf peut être pour le servir.
Le riche sans prochain ne se parle qu’a lui-même, son âme est sa seule interlocutrice ;
Il est tel Narcisse amoureux de sa propre image.
Il y a une belle histoire qui exprime cet état :
Un homme dont la richesse avait endurci le cœur et qui se sentait malheureux, s’en vint trouver un sage dans l’espoir de retrouver la joie.
Le sage lui dit « regarde par cette fenêtre, que vois-tu ? » Je vois des hommes dans la rue qui vont et viennent,
une femme qui fait ses commissions avec son enfant, des vieillards assis sur un banc qui se reposent.
Alors le sage lui tend un miroir et lui dit : » regarde dans ce miroir et dis moi ce que tu vois.
L’homme reprit : « je ne vois que moi et mon triste visage » ; Et tu ne vois plus les autres ?
songes que la fenêtre et le miroir sont faits de la même matière première, le verre ;
mais le miroir ayant été recouvert d’argent par derrière, tu n’y vois plus que toi-même.
Tu es comme le verre ; pauvre tu voyais les autres et tu avais pour eux de la compassion, couvert d’argent tu ne vois plus que toi-même.
Le quatrième péché du riche est en vérité le plus grave.
Il ne voit plus qu’il est un être humain, un mortel à la durée de vie limitée.
Il oublie Dieu le Créateur à qui il doit sa vie, sa riche moisson.
Il pense qu’il maitrise tout, son bien, sa vie, son avenir.
Il est étranger, comme beaucoup de nos contemporains à cette vérité à la fois simple et profonde exprimée dans la deuxième épitre de Jacques (ch. 4 v 14) Vous qui ne savez pas ce que votre vie sera demain ;
vous êtes en effet une vapeur qui paraît pour un peu de temps et qui ensuite disparaît.
Vous devriez dire au contraire »si le Seigneur le veut, nous vivrons et nous ferons ceci ou cela ».
Oui son vrai péché c’est d’avoir oublié Dieu. Il ne reconnaît pas en lui la source de son opulence.
Oublier Dieu c’est aussi oublier ses commandements sur le bon usage de l’argent et des biens.
Il a oublié aussi que Dieu seul tient son avenir entre ses mains.
Frères et sœurs, ne nous faisons pas d’illusions ; Le riche paysan n’a pas de nom, il pourrait être chacun de nous.
Alors quel espoir nous reste–t-il ?, notre nature bien humaine ne nous laisse-t-elle aucune chance ?
Je ne le crois pas.
Au carrefour des routes auquel nous arrivons un jour ou l’autre et ou nous devons décider ce que nous désirons pour notre temps et pour notre éternité,
Il est là pendu à sa croix
Suprême avertissement du danger que nous courons.
Lui pour qui il était si important de nous offrir la possibilité de choisir le bon chemin, qu’Il n’a pas hésité à mourir pour cela
.
Au carrefour de nos routes domine Jésus Christ sur sa croix.
Nous ne vivons pas seulement de biens matériels, nous vivons de ce que Jésus à fait pour nous,
nous vivons de ses paroles, Nous vivons de ses actes. Nous vivons de son amour.
Nous vivons de sa mort sur la croix. Nous vivons parce que tout ce qui pourrait parler contre nous a été rayé, effacé.
Notre faute et nos péchés ont été pardonnés. Nous avons été comblés.
Aucun d’entre nous n’est condamné à être un pauvre fou ni à le rester. Nous pouvons être riche pour Dieu, c’est ce que veux Jésus pour nous.
Il nous donne ses biens avec une telle surabondance que nous pouvons les partager avec les autres, partager notre vie, notre temps, notre argent toutes ces aides matérielles,
mais également notre amour, notre compréhension, notre compassion.
La liste pourrait être longue, il ne doit pas avoir de limite à l’imagination.
Amen