Prédication du dimanche 29 septembre 2010 par le pasteur Pierre-André Schaechtelin
Version imprimable (pdf, 20 ko)


Une histoire de cosmonaute
Vous connaissez sans doute cette déclaration d’un cosmonaute qui venait d'effectuer le premier vol d’un humain dans l'espace, et qui disait de manière provocatrice à son retour : « Dieu n'existe pas, puisque au ciel je ne l'ai pas rencontré ». Effectivement, cet homme est monté au ciel et il n'y a pas trouvé Dieu. Reconnaissons que souvent nous en sommes là aussi : nous imaginons que Dieu se trouve dans notre ciel physique, dans le cosmos qui entoure notre monde. Et pourquoi aurions-nous tort de le penser, puisque Jésus nous apprend à prier en disant notre Père qui est dans les cieux.
Matthieu l'évangéliste utilise même à 13 reprises cette expression de « père qui est dans les cieux » ou « père céleste ». Cela demande une explication sur ce que Jésus désigne par les « cieux ».
Explication de l’expression « dans les cieux »
Cette expression « dans les cieux » était culturellement ancrée dans la Palestine du temps de Jésus. C'était une façon de dire, en images, que le Seigneur des Juifs n'était pas un de ces dieux dont on peut contempler la statue dans les temples païens ou sur les trônes des capitales de l’Empire. Dire que le Seigneur est dans les cieux, c’est dire qu’il dépasse ce qu’on peut imaginer, c’est dire qu’il restera toujours pour nous grand et mystérieux. Et c’est aussi dire que nous-mêmes ne sommes pas aux cieux, que nous ne sommes pas infinis et que nous devons garder les pieds sur terre. Dire que Notre Père est dans les cieux, ça veut dire que son amour paternel pour nous est insurpassable. Oui, frères et sœurs : « dans les cieux » est une image pour dire que Dieu n’a pas de début ni de fin, tout comme l’univers, dont personne n’a atteint les frontières jusqu’à ce jour. « dans les cieux », c’est une image, une manière de parler, une façon de dire que Dieu échappe à l'espace, qu’il n'est pas limité par les distances et par les étendues.
Le ciel de Dieu est aussi vous et moi
Heureusement donc que ce cosmonaute n'a pas trouvé Dieu dans le ciel qui est au dessus de nos têtes. C'est plutôt rassurant car cela signifie que la grandeur de notre Père céleste ne se limite justement pas au ciel. Dieu est à la fois plus petit et plus grand que notre ciel : il est à la fois proche et lointain, distant et intime, céleste et terrestre, divin et humain… Ce que je vous invite à retenir jusque là, c’est que Dieu, notre Père, n’est pas aussi loin de nous que nous le pensons. Son ciel c’est aussi vous et moi, notre vie dans laquelle sa présence est certes discrète mais fidèle.
Un malentendu sur la paternité de Dieu
J’en viens maintenant à une autre question qui n’est plus liée au vocabulaire du ciel mais à celui de la paternité de Dieu. On reproche parfois à Jésus et aux chrétiens d’avoir un Dieu exclusivement masculin. Pourquoi, demandent certains, pourquoi Dieu ne serait-il « que » paternel ? Pourquoi ne serait-il pas aussi « maternel ». Je ne croyais pas si bien dire quand j’ai appris qu’une version américaine de la Bible traduisait le début de la prière de Jésus en disant : « Dieu notre Père et notre Mère ». Malheureusement il y a ici encore, comme avec la question du ciel, un malentendu lié à la signification des mots. Car ce qui a fait souhaiter que l’on dise Dieu père et mère, c’est un gros malentendu sur la notion de paternité.
>
Paternité de Dieu : un certain type de relation
En effet, si Jésus nous apprend à dire Notre Père, ce n’est pas pour dire que Dieu est sexué homme plutôt que femme. Si Jésus désigne Dieu comme étant Notre Père, c’est pour désigner un certain type de relation entre Dieu et l'humain. Or ce type de relation que Dieu entretient avec les humains est plus de l'ordre de la paternité que de la maternité. Pourquoi ? Car dans la culture de Jésus, et encore un peu dans notre culture, la relation d'un père avec son enfant est toujours une sorte d’adoption. Dans une famille, un père a toujours besoin d’adopter son enfant et de se faire adopter par lui. La relation du père à son fils ou à sa fille se construit par un échange de paroles. Elle se construit grâce à une parole prononcée, je dirais même une parole d’adoption. Par contre, il y a une évidence qui est rattaché à la maternité d’une femme. Quand elle met comme on dit son enfant au monde, on voit bien que c’est elle la mère. Ce n’est pas aussi simple pour le père, et c’est pour cette raison vous le savez que dans le judaïsme, la judaïcité se transmet par la mère et non pas par le père. Car nous sommes sûrs de la mère, mais pas toujours du père.
Dieu – Père : ce n’est pas une évidence
C’est pourquoi, quand Jésus nous invite à prier en appelant Dieu notre Père, il nous redit que notre relation avec Dieu n'est pas quelque chose qui va de soi : ce n’est pas une relation que nous avons héritée par nos gènes, par notre sang ou par notre naissance, ni même par l'éducation que nous aurions reçue. Cette relation n’est pas naturelle et évidente : Elle se construit comme celle d’un père avec ses enfants, c’est à dire comme un processus d’adoption. Ce n’est pas une évidence que dieu soit appelé notre Père. Cela suppose avec lui un échange de paroles. Dieu n'est notre Père que si nous l'appelons par ce nom, si nous le reconnaissons comme tel et si nous sommes prêts à entrer en dialogue avec lui. Il se tisse alors entre Dieu et nous une relation de confiance qu'on appelle la foi et dont l'expression se nomme la prière.
Une relation d’adoption
Alors, ne voyons pas dans cette appellation « Notre Père » uniquement le fruit d'une société patriarcale. Voyons plutôt dans le fait d'avoir un Dieu Père l’occasion de faire éclore entre Dieu et nous cette relation d’adoption, tissée de paroles et de promesses, de confiance et de découvertes, de tendresse et de pardon. C’est dans ce sens là que l’apôtre Paul dit au sujet de l’Esprit saint que nous avons reçu un esprit d’adoption par lequel ou grâce auquel nous disons à Dieu « Père ». Je voudrais insister sur la chance que nous avons, de pouvoir grâce à l’Esprit de Dieu et du Christ, nommer Dieu notre Père. C'est une chance car nous ne sommes plus dépendants des seules filiations humaines et terrestres qui sont parfois douloureuses et pesantes, empreintes de culpabilités et de regrets. Nous sommes faits enfants de Dieu et en cela nous ne sommes plus seulement tributaires de la relation que nous avons avec nos parents. Nous sommes adoptés par Dieu frères et sœurs, notre baptême nous le rappelle, et c’est à nous maintenant de dire oui, je reçois cette adoption, car elle fait de Dieu un vrai Dieu et de nous de vrais humains, et une famille spirituelle. Amen