Luc 23 v 33 à 49 La crucifixion
Note sur le choix du texte
Frères et soeurs
Avant de commencer ma prédication je voudrais faire un commentaire sur le choix du texte fait pour aujourd’hui par l’église réformée.
Certains ont du être surpris d’entendre un texte choisi d’habitude pour le vendredi saint.
La période de la passion et la période de l’avent ont en commun d’annoncer une nouvelle naissance
La passion est annonciatrice de la résurrection, L’avent est la période ou nous attendons la naissance de Jésus,
celui qui nous ouvre la porte du royaume.
Depuis près de 2000 ans l’église célèbre dans l’année ecclésiale l’alternance Noel, passion, passion Noel..
Il est important, avant de rentrer dans la période de l’avent, de nous souvenir de la passion,
chacun de ces événements donnant son plein sens à l’autre
« Père, pardonnez leur car ils ne savent pas ce qu’ils font »
Frères et sœurs, nous vivons les derniers instants du Christ, cet homme supplicié, torturé, dont l’évangile dit qu’Il est notre sauveur.
Quelle mort horrible
La crucifixion c’est une des inventions les plus diaboliques que Satan ait inspiré aux hommes.
Elle provoque la douleur extrême pour celui dont on à percé les mains et les pieds et dont les blessures s’enflamment peu à peu,
son corps se paralyse progressivement, interdisant tout mouvement qui pourrait un peu soulager sa douleur et par-dessus tout
l’angoisse de la mort l’envahit, mort dont il ne sait pas quand elle interviendra et qui rend chaque heure d’attente interminable.
La solitude du supplicié est encore renforcée par la moquerie de tous :
- Moquerie de Pilate qui fait apposer au dessus de lui un écriteau « Le roi des juifs »
- Moquerie des soldats qui constatent que quatre solides clous sont plus puissants que tous les discours religieux.
- Moquerie des grands prêtres qui se moquent de celui qui visiblement a surestimé ses pouvoirs.
- Moquerie d’un des deux brigands crucifiés avec lui
A cette solitude extrême se rajoute la douleur de se sentir abandonné par celui qui l’a envoyé sur terre,
douleur qui lui fera crier comme nous le rapporte Matthieu » Eli, Eli, lema sabachthani ».
C'est-à-dire Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’a tu abandonné.
La grande souffrance du Christ, c’est cette marche vers la solitude absolue, marche qu’aucun de nous ne connaitra
mais que nous aurions pu connaître si cette croix n’avait pas été: car après cette mort infâme et trois jours de silence,
la résurrection est le signe de la victoire définitive sur la mort qui devient passage vers la vie éternelle.
Or malgré les apparences, il n’y a pas en cet instant de séparation entre le ciel et la terre.
La souffrance du Christ est la plus grande participation de Dieu à la souffrance du monde.
C’est pour moi une évidence que Dieu souffre de voir la souffrance de son fils unique, mais alors se pose tout naturellement la question :
pourquoi Dieu a-t-il permis cela et par extension : Pourquoi Dieu laisse-t-Il souffrir tant de gens sur terre qui n’ont rien fait pour mériter cela
Cette question est une des principales de celles qui ont empêché une multitude de gens d’adhérer au christianisme,
qui a intervalle régulier nous interpellent et même qui ont conduit bon nombre de Chrétiens à quitter l’église.
Ce questionnement est aussi vieux que le christianisme. Déjà dans les années 70 de notre ère l’apôtre Paul était obligé
dans sa lettre aux corinthiens (1 Cor ; 1 v 18) d’en parler en ces termes :
En effet la parole de la croix est folie pour ceux qui vont à leur perte, mais pour nous qui sommes sur la voie du salut,
elle est puissance de Dieu. Car il est écrit (Esaie 29 v14) :
Je détruirai la sagesse des sages,
J’anéantirai l’intelligence des intelligents.
Et plus loin au verset 25 : Car la folie de Dieu est plus sage que les humains et la faiblesse de Dieu est plus forte que les humains.
Autrement dit : notre intelligence ne peut comprendre la logique de Dieu.
Malheureusement à ce « pourquoi » je n’ai pas de réponse universelle à vous donner.
Chacun d’entre nous doit donner sa propre réponse.
Mon incapacité à comprendre la logique de Dieu est pour moi une souffrance, mais j’ai fait le choix d’appartenir à la communauté chrétienne
avec ce que cela implique, ou plutôt devrait impliquer, j’accepte de ne pas comprendre cela et je fais aveuglement confiance à Dieu et
à son dessein pour l’humanité.
Revenons à notre récit.
C’est à cet instant que cet homme Jésus de Nazareth, souffrant physiquement et jusqu’au plus profond de son être va nous transmettre
ce qui constituera son héritage.
Humainement parlant son héritage se résume à peu de chose : quelques vêtements que se partagent les soldats qui l’ont crucifié.
Cet homme dépouillé de son bien de son vivant va nous léguer autre chose de bien plus précieux :
C’est une prière que vraissemblablement seuls vont pouvoir entendre ceux qui sont à proximité de la croix
et tout particulièrement un des brigands crucifiés avec lui..
« Père pardonne leur car ils ne savent pas ce qu’ils font »
Surprenant, non ? Jésus n’en veut pas à ses bourreaux
ni au peuple qui a réclamé sa mort à Pilate, tellement Il sait qu’ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient et
qu’ils n’auraient rien pu faire si Dieu n’y avait pas consenti.
Et celui qui a permis toute cette souffrance il l’appelle « Père »
Aucun mot ne peut exprimer de façon plus forte l’étroite liaison, le grand amour, la grande confiance, la grande complicité qui le lie à Dieu.
Pensez vous que prononcer ce mot « Père » ait été chose facile pour Jésus, Je ne le crois pas
Vous sentez vous capables de le prononcer dans votre souffrance ou, pensez vous que cela relève de l’impossible pour un être humain ?
Frères et sœurs, si un jour il m’arrive de connaître une grande souffrance, j’espère qu’il me restera suffisamment de forces pour,
comme le « bon » brigand faire taire ma révolte et ainsi être capable de me tourner vers la croix de Jésus,
de savoir que lui qui connaît une souffrance au moins égale à la mienne peut comprendre ma souffrance,
de voir dans ce visage défiguré par les blessures de la couronne d’épines le visage de mon roi, et de pouvoir lui dire :
Jésus souviens toi de moi quand tu entreras dans ton royaume.
C’est à ce prix que je pourrai dire moi aussi « Père »
Je crois que c’est ainsi que les martyres des premiers temps de l’église,
ceux de l’inquisition, des guerres de religion ont pu tenir tête à leurs tortionnaires,
je crois que Jésus est aux cotés de ces nouveaux martyrs chrétiens irakiens victimes d’une absurde intolérance religieuse
La victoire de Jésus sur sa souffrance a été bénédiction pour l’humanité.
Votre victoire sur la souffrance en disant avec Jésus sur sa croix,
le mot « Père » révéle la part de bénédiction que toute souffrance vaincue contient.
La deuxième partie de l’héritage du Christ se trouve au pied de la croix
C’est la nouvelle église, constituée d’un petit groupe d’amis de Jésus et de femmes qui l’avaient suivi depuis la Galilée
Ni Pilate, ni les grands prêtres n’y portent attention. Ils pensent sans doute être débarrassés à tout jamais de ce perturbateur encombrant ; Il est mort.
Ils ne prennent même pas la peine d’arrêter ces quelques amis de Jésus, pensant certainement que leur chef étant mort,
ils allaient rapidement se disperser et oublier cette révolution non violente qu’avait été l’enseignement de Jésus.
Cette nouvelle église, assemblée au pied de la croix, n’a pas encore réellement pris conscience de son existence,
mais ils sont là rassemblés sous la croix, pétrifiés par la douleur d’avoir perdu leur ami et maitre en qui ils avaient placé tout leur espoir.
Ils sont paralysés par la crainte de représailles de la part des grands prêtres, ils ne savent pas ou se diriger,
ils sont totalement désemparés
Il y a aussi un certain nombre de Juifs qui après avoir assisté au supplice et vu les signes :
Obscurcissement du soleil, le voile du temple qui se déchire, la terre qui tremble, rentrent chez eux se frappant la poitrine.
Ils ont l’obscur sentiment qu’ils viennent d’être témoins et acteurs d’une exécution qui ne serait peut être pas justifiée.
Cette prise de conscience est le ferment indispensable pour que murissent en eux, après coup,
les paroles de Jésus et qu’ils se convertissent à cette nouvelle église qui vient de naître au pied de la croix.
Oui cette nouvelle église ne sait pas encore qu’elle existe et pourtant, du haut de sa croix Jésus l’a créée complète avec son premier sauvé,
le bon brigand, son porte parole, le centurion
qui avait commandé les soldats chargés de l’exécution.
Il sera le premier à dire au monde « Cet homme était réellement un juste »
Lui que rien n’avait préparé à cette révélation va devenir le premier prédicateur de la nouvelle église.
Il sera le premier de tous les innombrables païens, a tourner son regard vers la croix.
Cette nouvelle église est bien hétéroclite, Tous ces hommes et ces femmes qui en font, ou feront partie viennent de cultures différentes,
ils ont de bonnes raisons de se détester cordialement, pourtant ils vont constituer cette église unique que le Christ avait ordonnée.
Pas une institution humaine unique mais comme la communauté de tous ceux qui confrontés à la souffrance, sont capables de prononcer le mot de « Père »
Aujourd’hui ou nous célébrons notre dernier culte régulier au centre œcuménique des sept mares, beaucoup se sentent un peu orphelins.
Notre emménagement au premier dimanche de l’avent dans notre nouveau temple sera un défi pour notre communauté.
C’est,
privé de ce repère immobilier que constituait ce centre, qu’il faudra faire vivre dans nos têtes et dans nos actes cette église unique,
non pas comme une institution humaine, mais comme une communauté de tous ceux qui peuvent dire avec confiance, avec les yeux fixés sur la croix,
« Père, je remets mon âme, toutes les souffrances du monde, toute mes souffrances entre tes mains »
C’est ainsi que nous serons des dépositaires fidèles de l’héritage du Christ.
Amen
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