A la demande du Conseil national et en vue de préparer le Synode régional 2004 (19-21 novembre à Dourdan), toutes les Eglises locales sont invitées à une réflexion commune sur le thème : ‘’Confesser Jésus-Christ dans une société laïque : Qu’est-ce Qui fait autorité dans notre vie ?’’


Un thème :

L’Eglise a-t-elle autorité pour intervenir publiquement dans la société ?


La question de l’autorité traverse de nombreux problèmes contemporains, dans la famille, à l’école, dans la relation aux pouvoirs publics ou dans l’Eglise. Pour le prochain Synode, nous sommes invités à nous concentrer sur le débat relatif à la mission de l’Eglise, et sur ce que signifie pour elle confesser la ‘’seigneurie’’ du Christ dans un pays marqué par la séparation entre Etat et religions.


Des outils :


Plusieurs outils sont mis à votre disposition pour aborder votre réflexion:

1/ Le dossier publié par Information-Evangélisation, que chaque Eglise locale et chaque pasteur recevra très prochainement ; ce document est riche et complet, il est donc long ! Il n’est pas nécessaire d’en faire une étude systématique :

Petite sélection au sein du dossier Information-Evangélisation, suggérée par la région Ouest (mais les autres textes sont loin d’être sans intérêt !) :

A défaut, le document L’autorité est-elle un service ?, synthèse du précédent, peut constituer une base suffisante.

2/ Le document de synthèse rédigé par les rapporteurs nationaux (Condensé ci-dessous)

3/ Une grille-questionnaire (ci-dessous) pour guider la réflexion que nous remplirons ensemble lors du prochain CP, où il faudra aussi décider si la réflexion doit être menée en Conseil presbytéral, en assemblée de paroisse, dans un groupe spécifique, par le diaconat ou par des individus prêts à transmettre leur opinion…

Avant de répondre au questionnaire, et pour lancer le débat, la région PACA nous envoie quelques pistes !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Confesser Jésus-Christ dans une société laïque :

Qu’est-ce qui fait autorité dans nos vies ?

Jean-Daniel CAUSSE, Jean-Pierre STERNBERGER, Edith TARTAR-GODDET

CONDENSE du Document de synthèse

 

Au cœur de la foi chrétienne se trouve la confession de l’autorité souveraine de Jésus-Christ. Paul institue cette ancienne tradition chrétienne : " Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ, lequel,…en devenant semblable aux hommes…s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort…. C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé…afin …que toute langue confesse que Jésus-Christ est le Seigneur…(Philippiens 2, 5-11) Aujourd’hui nous vivons dans un tout autre contexte cette foi de la première église, ce qui nous oblige à en revisiter le sens, la dynamique pour en saisir la force constituante pour nos vies et notre Eglise dans un langage accessible au monde actuel. Redire sur un plan familial, social, culturel ou politique le sens de l’autorité du Christ ne consiste pas seulement à clarifier une donnée interne à la foi.

Comment parler de l’autorité au moment où les instances qui l’incarnent sont souvent discréditées ?

Sur quelles bases l’Eglise se fonde t-elle pour exercer concrètement son autorité ?

Alors que le politique, soucieux de contenir les divers mouvements fondamentalistes et intégristes, limite le religieux à la sphère du privé, comment l’Eglise qui défend le principe de la laïcité dans la société civile s’autorise t-elle à y prendre la parole ?

Comment arbitrer entre une citoyenneté séculière qui obéit à l’autorité politique et une citoyenneté spirituelle qui se réfère à Dieu ?

Sans procéder à une étude générale sur le thème de l’autorité, les réponses à ces questions devraient nous permettre de mieux comprendre la théologie de l’autorité et d’élaborer une parole publique sur un plan synodal.

  1. La référence à l’autorité du Christ et notre engagement dans une société laïque

La loi sur les signes " ostensibles " est symptomatique de la place des églises chrétiennes dans notre société : difficulté de cohabitation entre principes de laïcité, de liberté religieuse et de droit de conscience. En 2005, le centenaire de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat est l’occasion de s’interroger sur ce problème qui existe depuis la première heure et auquel le protestantisme a répondu selon le contexte et ses convictions du moment ! Par ailleurs, en voulant ne se référer qu’à soi-même et à ses propres désirs, comment maintenir notre référence chrétienne à l’autorité du Christ ?

1) Luther distinguait le règne du monde et celui de Dieu, Calvin la double juridiction (temporelle et spirituelle) En récusant l’emprise religieuse qui veut régir la société séculière, le protestantisme contribue à laïciser l’activité sociale, politique et culturelle et refuse de voir " la régulation du pacte social prise en otage par des injonctions religieuses ". Confesser Jésus-Christ dans une société laïque ne vise nullement à rechristianiser les structures politiques et sociales et n’interdit ni la critique, ni même la désobéissance civile.

Dans cette perspective, la liberté de conscience limite l’autorité du politique au sein même de l’obéissance qu’on lui doit. C’est cependant un paradoxe dans le protestantisme car, en dépendant d’une parole extérieure à lui même, le chrétien voit sa liberté de conscience s’articuler sur une captivité de conscience. Pour Luther, le pouvoir temporel ne concerne que les corps et les biens. Quant aux consciences, Dieu ne peut ni ne veut laisser à personne d’autre qu’à lui même le droit de les gouverner (De l’autorité temporelle) Pour Calvin, à propos de Rm 13, s’il dit qu’il faut honorer les magistrats, il n’enseigne pas que les lois qu’ils font régissent les âmes : la spiritualité est par dessus tout décret et statut des hommes. Toutes les lois humaines ne lient point la conscience (L’Institution Chrétienne)

La conscience libre, c’est écouter (en grec, c’est la même étymologie pour écouter et obéir ou, plus littéralement, prêter l’oreille) en dernière instance la parole de Dieu qui permet à la fois d’obéir aux autorités qui exercent le pouvoir (Rm 13,1) tout en gardant un sens critique voir de résister ; il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes (Actes 5, 29) Toute la dynamique de l’autorité repose sur cette distanciation tant vis à vis d’une soumission à l’ordre du monde que d’un rapport absolu au divin.

2) Le protestantisme distingue énergiquement le religieux et le politique. Cette expression de la privatisation de la foi qui n’est pas faire preuve d’ " autoritarisme religieux menaçant la laïcité ", empêche t-elle de critiquer les organisations socio-politiques ? Clarifier sur un plan théologique la hiérarchie de l’autorité permet d’envisager une laïcité plus ouverte qui ne s’exclue pas d’elle même et laisse à l’Eglise sa liberté de dire ce qu’elle croit le mieux pour le service de Dieu et des hommes. En reconnaissant la légitimité du pacte républicain, elle confirme la neutralité de l’espace laïc en déliant le politique de toute référence religieuse, même si pour Jean Baubérot la réalité est plus complexe. Quand on tend vers une religion civile qui est un transfert du religieux sur des valeurs républicaines, il y a du sacré dans la laïcité elle même quand est mise en question l’autorité du politique lorsque celui-ci laisse s’installer des logiques d’exclusion ou de marginalisation et quand il a conscience de la perception qu’il a de tenir son autorité des autres et non de lui même. Cette " laïcité ouverte " permet la construction d’un espace commun respectueux des identités individuelles et communautaires, des traditions, des systèmes de référence. L’absence de promesses, l’angoisse conduisent vers un affrontement des identités religieuses autoritaires et d’une laïcité identitaire non exempte elle aussi d’autoritarisme.

3) Ne pas faire ce que l’on veut, ne pas faire sa propre loi est un rapport positif à l’autorité qui, en relation avec la loi, interdit et autorise. Refuser cette autorité, ne se référer qu’à soi même devient parfois la seule loi que nous acceptons. Tout ce qui contrarie nos désirs nous apparaît insupportable, une atteinte à la " morale ". C’est ainsi le problème de " la crise de l’autorité parentale " : nous proclamons les droits des enfants et en même temps nous surélevons la satisfaction de nos désirs et privilégions notre épanouissement personnel ! Pourtant c’est l’autorité du Père qui donne à Jésus de parler et d’agir librement, car il est autorisé par un autre que lui-même. D’un point de vue général, il faut reprendre l’analyse de la fonction de l’autorité comme moyen de comprendre l’être humain et de chercher en lui son propre fondement.

2 –De quelle autorité parlons-nous ? reprise de questions fondamentales

Réflexions de fond sur la compréhension de l’autorité sur le plan théologique et spirituel : l’autorité du Christ, des Ecritures et également de l’Eglise.

a) L’autorité du Christ

L’autorité du Christ est paradoxale car elle se conjugue essentiellement à la notion de service accompli au cœur de l’humanité : Il déclare être venu pour servir et non être servi. Son autorité provient de la parole du Père qui rend Jésus souverainement libre des pouvoirs de ce monde.

Dans Jn 13, 1-20, le Christ souverain, maître de son destin, vient occupée la place de son serviteur pour lui laver les pieds. Pour Jean, il n’y a pas contradiction, l’autorité étant incluse dans le registre du ministère : le service devient l’expression de l’autorité. C’est un autre nom de la grâce de Dieu : il suffit alors pour l’être humain de se laisser servir par Lui, d’être celui qui reçoit.

Néanmoins, l’autorité du serviteur n’est pas un éloge de la faiblesse, une résignation de devoir accepter le monde tel qu’il est ; la tradition des miracles de Jésus atteste de l’autorité des paroles et des gestes. Quand Paul parle du Dieu qui est en Christ, il est question d’une force plus forte que les puissances établies : l’autorité ne permet pas de jouir d’un pouvoir (si tel est le cas on peut avoir alors de l’autorité…mais sans pouvoir) Ainsi personne ne peut se rendre maître de l’autorité du Christ, elle est inappropriable, c’est un lieu vide dans l’Eglise auquel on ne peut que renvoyer : Christ est la tête du corps qu’est l’Eglise (Col 1, 18) ou le chef (Eph 5,23). C’est pourquoi pour le protestantisme Christ est Seigneur et il n’appartient à personne d’occuper sa place dans l’espace ecclésial.

b) L’autorité des Ecritures

L’autorité des Ecritures tient essentiellement à son rapport à l’autorité du Christ, au fait de témoigner du Dieu de Jésus-Christ. Reconnaître l’autorité des Ecritures, c’est accepter de se laisser éclairer et diriger par Jésus-Christ (Synode de Chantilly 1986)

Le principe protestant du sola Scriptura signifie que " l’autorité de la Bible n’est pas l’autorité d’une écriture, mais l’autorité de Celui dont cette Ecriture parle " (André Gounelle) La Parole de Dieu n’est pas la Bible ; elle est le Christ Luther invitait à ne pas confondre le Seigneur (Christ) et la servante du Seigneur (les Ecritures)

Il y a sûrement urgence à repenser cette distinction à un moment où la fascination du fondamentalisme peut se traduire même chez les protestants par un certain " biblicisme ". Il ne faut cependant pas désunir Christ et la Bible : les Ecritures forment une médiation indispensable. Dieu parle, par le langage des humains au travers des Ecritures sans se confondre avec elles.

c) L’autorité de (dans) l’Eglise

Seul Christ a autorité dans l’Eglise mais concrètement comment s’exerce cette autorité pour le Service de l’Evangile dans le monde ? Tout renvoyer au Christ peut être le moyen d’échapper à une clarification d’un " autoritarisme " masqué ou occulté et noyé dans les références nombreuses aux Ecritures, à la tradition chrétienne (réformée !), à des confessions et déclarations de foi, à des décisions synodales, etc…

Le 1er article de notre discipline indique que l’ERF " a pour raison d’être d’annoncer au monde l’Evangile " :c’est la prédication qui porte ici l’autorité du Christ. Luther dit : la prédication de la Parole de Dieu est Parole de Dieu. Calvin écrit : cette parole n’obtiendra point foi au cœur des hommes, si elle n’est pas scellée par le témoignage intérieur du Saint-Esprit. Ainsi, ce qui donne à l’Eglise son autorité ne tient pas à l’autorité préalable, établie, qu’elle a, ou pense avoir, ou voudrait avoir dans la société mais à une parole qu’elle risque avec courage et confiance. Ce sont les effets possibles de sa parole, qui renvoie au Christ seul, qui lui permettent d’être reconnue et non l’inverse. Etymologiquement, c’est lorsque la parole et les actes de l’Eglise augmentent ou font croître (augere) la vie des humains qu’il y a autorité reconnue.

3 – Questions pour notre Eglise

Les textes qui précèdent sont une invitation à la réflexion ; selon les individus, chacun sera libre de privilégier ou de laisser dans l’ombre telle ou telle réponse aux questions qui reprennent nos propos.

1) Revisiter la tradition évangélique. Comment faire de l’autorité de Jésus un témoignage de notre temps ? Que signifie pour nous aujourd’hui, confesser que Jésus-Christ est le Seigneur de toute notre vie ?

2) Clarifier les différents niveaux d’autorité. Quelle place, quelles fonctions accordons nous au Christ, aux Ecritures, à l’Eglise, à la tradition, aux ministéres…

3) La citoyenneté du chrétien est séculière et spirituelle :il est dans le monde, mais il n’est pas du monde (Jn 17,11-19) Il reconnaît l’autorité du politique mais il est lié par la seule Parole de Dieu. Face à un politique discrédité et à des tensions concernant la place du religieux dans l’espace laïc, à un moment où les mouvements religieux " autoritaires " menacent le pacte républicain, de quelle nature est l’autorité du Christ dans notre vie ? Classiquement le protestantisme soutient le principe de laïcité, mais aussi le droit de conscience et le droit d’exprimer sa foi, quelle est notre vision d’une laïcité " ouverte " ?

4)Nul ne peut " s’autoriser " soit même et ne se référer qu’à lui même. Le discours des églises suit parfois les tendances de l’époque et nous assistons à une expansion des demandes individuelles ou communautaires comme des " droits à ". De même, certains mouvements religieux autoritaires se réfèrent à la loi de Dieu pour imposer un mode de vie où la liberté individuelle a peu d’espace. Dans ce contexte, que signifie vivre l’autorité de Jésus-Christ dans notre vie ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Confesser Jésus-Christ
dans une société laïque :

Qu’est-ce qui fait autorité dans nos vies ?


A - Nos contemporains


1) - De quoi, selon vous, nos contemporains ont-ils besoin en matière de références et d’autorité morale ?

2) - Dans quels domaines, selon vous, l’Eglise devrait-elle intervenir publiquement :

Spiritualité

OUI

NON

Questions homme/femme

OUI

NON

Œcuménisme

OUI

NON

Evolution de la famille

OUI

NON

Inter-religieux

OUI

NON

Problèmes d’éducation

OUI

NON

Inter-communautaire (racisme)

OUI

NON

Questions sociales

OUI

NON

Défense de la religion (laïcité)

OUI

NON

Questions politiques

OUI

NON

Enseignement du fait religieux à l’école

OUI

NON

Questions internationales(guerres, Israël…)

OUI

NON

Morale sexuelle

OUI

NON

Questions culturelles

OUI

NON

Morale économique

OUI

NON

Bio-éthique

OUI

NON

Morale professionnelle

OUI

NON

     

3) - Si l’Eglise doit intervenir, de quelle autorité doit-elle se référer (biblique, humaniste, sociale, autre) ?

B – L’autorité du Christ et de la Bible


4) – En quoi Jésus-Christ (notre ‘’Seigneur’’)

5) – En quoi la Bible (‘’Sola Scriptura’’) est-elle une autorité dans notre vie personnelle ?

5’) - Est-elle la ‘’seule’’ autorité dans notre Eglise ? Quelles autres ?

C – La parole de l’Eglise : aujourd’hui

6) - Votre Eglise locale, depuis trois ou quatre ans,s’est-elle exprimée publiquement dans votre territoire ?

Si oui

- Sur quel(s) sujet(s) ?

 

- Par quel canal (article, interview, internet, tracts…)

 

- An nom de quelle autorité ?

Si non

Quelles raisons

 

- ou quelles difficultés (divergences internes, décalage entre rythme paroissial et rythme des médias…) ?

7) - Si vous pensez que l’Eglise ne doit pas intervenir publiquement, pour quelle raison :

8) - De quelles déclarations publiques de l’Eglise ( ERF, FPF, ou Conseil régional) avez-vous eu connaissance depuis trois ou quatre ans ?

9) - Quelle autorité accordez-vous au textes et décisions votés par les Synodes ?

D - La parole de l’Eglise : ce qu’elle devrait

10) - Y a-t-il des interventions que vous souhaitez voir engagées dans l’espace public, sur quels thèmes et à quelles occasions, soit par votre communauté…

10’) – Soit par l’Eglise nationale ?

11) Au nom de quelle autorité ?

Par quels canaux ?

12) - L’Eglise doit-elle selon vous être :

un porte parole ?

OUI

NON

un prophète ?

OUI

NON

un service ?

OUI

NON

une autorité ?

OUI

NON

un lobby ?

OUI

NON

un témoin ?

OUI

NON

un partenaire ?

OUI

NON

un appel personnel ?

OUI

NON